lundi 15 juillet 2019

ESPÈCES INVASIVES


Les animaux d'Australie, ainsi que les Aborigènes, d'ailleurs, étaient "adaptés à leur environnement". Mauvaise façon de le dire. Ils n'avaient pas eu à s'adapter, ils étaient nés là, ils étaient foncièrement adaptés : "adaptes", dirai-je… c'est-à-dire endémiques, indigènes, australiens de naissance et d'essence. On pourrait dire "normaux". Quant à la notion d'"environnement", elle sépare les animaux et les hommes de leur milieu. On pourrait tout aussi bien dire que l'environnement, le terrain, le milieu physique, était adapté aux animaux et aux Aborigènes. En fait, les deux se combinent en un tout. Un ensemble. C'est-à-dire fait d'éléments qui vont ensemble, tiennent ensemble, ne vont pas l'un sans l'autre. Action réciproque. Action > rétroaction = interaction. On doit parler de biotope ou d'écosystème, c'est-à-dire inclure dans un tout le milieu physique (géologie, géographie, climat) et le vivant (végétal, animal, humain). On peut voir ça comme une machine cybernétique homéostatique, comme un thermostat où l'excès dans un sens (qui entraîne explosion ou effondrement) est évité par l'atteinte d'un seuil déclenchant une régulation (soupape de sécurité). Maintenir les choses (T° ou pression) à un niveau raisonnable. Cela se passe à court terme dans ces appareils purement humains, à long terme dans la nature. (Cf. la fable de l'île avec de l'herbe, des chèvres et des loups.)
Les Aborigènes venaient d'ailleurs, certes, d'Afrique, comme tout le monde sur Terre. Mais ils étaient là depuis 50 000 ans et pratiquement sans échanges avec l'extérieur. Bien qu'ils ne soient pas marsupiaux, on peut donc les considérer comme aussi endémiques que les kangourous. Je n'oublie pas le fait que ces humains venus d'ailleurs avaient modifié le milieu australien, par des brûlis, en particulier. Eux, déjà, bien avant les colons anglais, ont travaillé à adapter le milieu à leurs besoins, parfois catastrophiquement. Sur la durée, les choses se sont tassées, sans doute. Le continent est suffisamment grand, le temps est suffisamment long, pour qu'un rééquilibrage se fasse.
Il semble bien que les dingos aient aussi une présence "récente" : 3 500 à 5 000 ans selon les évaluations… importés peut-être par des commerçants indonésiens. Chiens domestiques revenus à l'état sauvage, ils ont sans doute causé la disparition d'autres prédateurs plus typiquement australiens : le loup marsupial et le diable de Tasmanie (ce dernier subsistant, comme son nom l'indique, en Tasmanie, où le dingo n'a pas été introduit.) On pourrait dire que sur le continent australien, il n'y avait la place que pour un seul prédateur carnivore. Déséquilibre ?
Après, plus tard, au XVII° siècle, les blancs sont arrivés. Des explorateurs français, puis la colonisation anglaise. Le colonisateur s'adapte-t-il au nouvel environnement ? Il aurait plutôt tendance à adapter ce nouveau territoire à ses propres besoins. Autrement dit, l'espèce invasive est a priori carnivore et prédatrice. (Pour ne rien arranger, de 1788 à 1868, la Grande-Bretagne a exilé 160 000 prisonniers dans les divers pénitenciers d'Australie. On n'a donc pas une population d'enfants de chœur.) Cette invasion humaine a travaillé, comme tout conquérant-colon, à adapter le milieu à ses besoins propres (habitat, technique, culture, langue, religion…) et aussi a amené avec elle, accidentellement ou volontairement, d'autres espèces qui se sont avérées invasives. Les faits sont bien connus, ainsi que les problèmes posés, encore non résolus. : chats, lapins, chevaux, bovins, ovins, chameaux, renards, chèvres, crapauds.
On peut se demander comment se fait-il que l'Australie soit un milieu si peu résistant, si accueillant au mauvais sens du terme, favorable à toutes les proliférations, comme ouvert à toutes les invasions… et faible, prêt à se laisser envahir par tout et tous. Comme un organisme trop longtemps protégé qui n'a pas développé de système immunitaire. peut-être parce que trop isolé, n'ayant pas assez eu, au cours des millénaires, l'occasion de se confronter à des invasions, donc n'ayant développé ni résistance ni capacité d'absorption raisonnable. Les Aborigènes, peut-être, ont été assimilés raisonnablement : après peut-être les premières erreurs invasives, ils se sont adaptés et sont restés sans évolution pendant 50 000 ans, n'ont inventé ni la bicyclette ni l'ordinateur. Là encore, on peut se demander pourquoi…
Les Européens installés ont fait, font encore diverses tentatives pour corriger les erreurs. La prolifération des lapins a été quasiment éradiquée par l'introduction de la myxomatose, jusqu'à ce que les lapins deviennent résistants – comme diverses bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques. Les chats domestiques échappés, redevenus sauvages, font de gros dégâts dans la faune locale, etc. On les traque et on construit des barrières, des palissades, des clôtures – comme Trump monte des murs.

• Même si c'est de mauvais goût, on peut faire, au moins intellectuellement, un parallèle entre problématique écologiste et problématique migrants ?
Affrontement pragmatique/éthique ou passif/actif.
Affrontement "nous"/le reste du monde (nous/les étrangers… nous/la nature…)
Problématique migrants :
- Soit réponse éthique : accueillir, ouvrir les frontières, laisser entrer (en fonction d'arguments humanitaires ou humanistes) ;
- Soit réponse pragmatique : on a le droit de rejeter ou d'accueillir, de réguler en fonction de notre intérêt.
Problématique écologie (notre rapport à la nature) :
- Soit réponse éthique : privilégier un droit de la nature (des éléments de la nature, animaux, plantes, eaux, air…), cesser d'exploiter, rester passif pour préserver. (Privilégier l'évolution spontanée de la nature. Si nous avons abimé, laisser la nature se réparer.) ;
- Soit réponse pragmatique (active) : ne pas se gêner pour continuer à exploiter selon nos besoins tout en cherchant à corriger nous-mêmes selon nos moyens, par un surcroit d'interventions sciento-techniques (ce qui est toujours courir le risque de réactions en chaîne, d'effets pervers, de dégâts collatéraux. Corriger le mal avec les moyens du mal.)

 Toujours de Psikopat 310

2 commentaires:

  1. Sur les effets "étonnants" de la vie des intrusifs en Australie, je ne saurai trop recommander la lecture de "La mort d'un lac" de Arthur Upfield (que l'on trouve chez 10/18).

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