samedi 13 juillet 2019

KRANICULE 4


Quelque part, on (toi et moi) préférerait que l'extinction (ou la réduction drastique de la population humaine) vienne d'une catastrophe naturelle : pandémie, tsunami, méga-éruption, astéroïde… Parce que les causes humaines, soit "involontaires" (guerres ou épidémies) soit volontaires (malthusianisme), c'est trop horrible, moralement insupportable, entraînant tant de souffrance, tant de haine. Alors on préfère laisser le soin de la régulation à Dieu, la Nature, le Destin, le Cosmos… Ça fait moins mal. On ne peut en vouloir à personne, c'est le sort, on n'y peut rien, on peut se résigner.
Alors c'est con mais on était en train de découvrir une catastrophe naturelle, disons "que l'on pouvait qualifier de naturelle", (la surchauffe climatique) et puis il y a des vilains qui nous disent que c'est pas naturel, c'est nous les responsables qui travaillons depuis deux-trois siècles à fabriquer discrètement cette catastrophe "naturelle". Qui ça, "nous" ? Toi, vous, moi ? Ah mais non mais non ! Les Chinois, les Américains, les Polonais, nos ancêtres industrieux, pas moi, pas nous ! Dénions et dénonçons les prophètes de malheur ! Ne nous laissons pas culpabiliser ! (Allègre avec nous ! — Mais puisque je te dis qu'il est mort ou tout comme !)
Mais, c'est con, les preuves s'accumulent. C'est bien NOUS qui provoquons ce bazar. (Il faut évidemment penser un NOUS très large, incluant le passé, le présent et les projets d'avenir). Nous ne faisons que subir les conséquences de nos inconséquences. Alors souffrance et désir de vengeance : on veut des coupables, et on en trouve quelques uns, tel homme politique, tel patron d'industrie, et les milliers d'actionnaires invisibles. On en pendra quelques uns pour crime contre l'humanité, OK, mais après ?
Alors bien forcé, on se culpabilise soi-même – à juste titre. Et on appelle ça se responsabiliser, c'est mieux. Et on travaille (un peu) à changer (un peu) son comportement… juste un peu… on éteint en sortant, et on ne laisse pas ses appareils en veille… en plus ça fait des économies, tant mieux… on mange cinq fruits et légumes (bios, on aimerait bien, mais c'est trop cher…)
Mais en fait, on n'est pas dupe, on sait bien qu'en réalité, c'est plié.
Alors voilà, ça va être très horrible, très laid, avec des guerres, des pollutions chimiques pire qu'en Syrie, des massacres, des famines avec plein d'enfants qui meurent de faim – et même pas seulement des Africains.
Moi, je sais pas, mais je crois que j'aurais quand même préféré cent ans d'écolo-dictature, une limitation drastique des naissances (réduction de la population = réduction de la pollution et de l'effet de serre), la fermeture de toutes les mines de charbon, l'abattage de toutes les vaches péteuse de méthane, l'extinction des chauffages de 8 h du matin à 8 h du soir…
— Mais les Suédois, l'hiver ?!
— Qu'ils crèvent ! … et l'extinction des clim's de 8 h du matin à 8 h du matin.
— Mais… il fait si chaud…
— Les clim's participent au réchauffement climatique : pour rafraîchir l'intérieur, elles réchauffent l'extérieur. Cercle vicieux.
… Autrement dit, j'aurais préféré un tsunami ou un astéroïde lent et maîtrisé.

Pour nouvelle d'Olivier Ka dans Psikopat 311

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