mardi 30 juillet 2019

Le cercle des prophètes disparus


Évidemment ces manifestations de Jeunes Climatiques adressent leurs reproches et leurs demandes d'action aux États, aux gouvernement, aux hommes politiques, comme si ceux-ci avaient encore le moindre pouvoir (impuissants volontaires, ils l'ont cédé aux multinationale et à la finance… et à NOUS, notre individualisme, notre sacro-sainte "liberté" individuelle). Un exemple : un gouvernement met une taxe timide sur le diesel et c'est la révolte des gilets jaunes. 
Et pour corriger aussi un journaliste, Greta Thunberg ne milite pas pour "la protection de l'environnement", pas plus que pour le "respect de la nature", mais pour la survie de l'humanité.
(Je reprends quelques lignes d'un post vieux de 4 ans (2014-01-05)
Pensée panoramique.
À la pensée unique, vision unidirectionnelle, s'oppose la vision panoramique. Chaque point de la ligne d'avenir est un carrefour où de multiples options se proposent. Patte d'oie… éventail… On peut percevoir ça comme un chaos un peu effrayant, une insécurité. L'avenir, au lieu de se dessiner dans un créneau étroit, une ornière prévisible, est ouvert, c'est-à-dire imprévisible… c'est-à-dire risqué… ce qui se rapproche de la réalité naturelle.
Il va falloir évaluer des options et choisir, décider. C'est fatigant mais ça peut se vivre aussi comme une ouverture enthousiasmante aux opportunités. Le progrès se définit alors comme non seulement contingent mais multidirectionnel, arborescent. Et là, quand on constate une erreur dans la trajectoire, ce qui s'exprime par « mais comment en sommes-nous arrivés là ?! », on peut revenir au carrefour précédent et essayer une autre piste. On a le droit. Ça n'est pas mal, ou lâche, ou réac… On ne va plus dans le mur sur sa lancée, on n'hésite pas à 1) revenir en arrière, 2) changer de direction.
Ceci à l'aide de la raison : nous ne sommes pas des aventuriers de roman, le futur n'est pas un défi audacieux, c'est un travail à faire.
Une heuristique de la peur (Hans Jonas, "Le Principe responsabilité")
Pour ça, il faudrait sans doute un peu plus avoir peur. Ou plutôt avoir peur un peu mieux. Non la peur qui vous abat, vous roule en boule sous votre couette, mais celle qui, adrénaline aidant, vous active en vue de vous préserver. En l'occurrence, au delà de la préservation personnelle, c'est de celle de l'espèce humaine qu'il s'agit. Donc non la peur enfantine qui demande à être rassurée par une ligne de conduite inamovible, mais une peur adulte, réfléchie, justifiée par la connaissance du risque du "si on continue comme ça" et donc prête au "essayons autre chose" (ça ne peut pas être pire).
Toute la question est : N'EST-IL PAS TROP TARD ? La réalité en cours (catastrophe) n'a-t-elle pas passé un seuil qui rend impossible tout retour vers un carrefour précédent où nous aurions encore le choix d'une autre voie ? (Avons-nous encore le choix de "On arrête tout et on fait un pas de côté" ?…) Dans ce cas, il devient difficile de prédire quoi que ce soit, à part les bains de sang. Et d'imaginer autre chose que l'obligation de s'adapter. Futur survivaliste où, contraints et forcés, on abandonne le conditionnel (le "si on continue comme ça, il se pourrait que…") pour le réel impitoyable ("comme on a continué et on continue comme ça, il est certain que…").
Destin
« Se faire prédire l'avenir ? Surtout pas ! La vie est déjà bien assez compliquée comme ça. »
(Rufus Tucru, "Avortez, nous ferons le reste", éditions du Borborygme, 2709 AEC)
Et cela n'a rien à voir avec un quelconque mystique Destin, Destinée, Providence… Le destin, ça n'existe pas (je le préfère en anglais : there is no such thing like fate.). Cela a tout à voir avec la résultante de faits accomplis, causes situées dans le passé et donc intraitables. Le rouleau compresseur de l'histoire en tant qu'enchaînement de causes. L'inertie du train lancé… (Les philosophes appellent cela la nécessité.) Si vous vous découvrez un cancer du poumon alors que vous avez arrêté de fumer depuis 10 ans, c'est que le mal était/est fait. Si fumer vous tuera, arrêter de fumer ne vous rendra pas immortel. L'état actuel/futur de l'atmosphère est la conséquence de ce que nous, les industrieux humains, y avons balancé jour après jour depuis 200 ans. Le mal est fait. Si la production de gaz à effet de serre nous tuera, arrêter d'en produire ne nous sauvera pas. (Et ce n'est même pas comme si on pouvait, comme ça d'un coup, arrêter d'en produire…)
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Niels Bohr : "La prévision est un art difficile, surtout quand elle porte sur le futur."
On peut s'amuser à spéculer sur le passé. « C'était prévisible », dit-on (vainement)… Et parfois, même, ça a été effectivement prévu, et on retrouve trace de ces prévisions dans des journaux ou des livres d'époque. Mais cette opinion ou ce déterrement des prévisions passées n'ont de sens que dans le présent. Un flash-back ne ramène pas dans le passé : il est là pour dire quelque chose maintenant, du genre « on vous l'avait bien dit ! » Ce qui est vain. (Sauf dans les uchronies et les histoires de voyage temporel, qui ne sont rien d'autre que des jeux littéraires amusants et vains.)

« Je n'ai pas peur de l'avenir parce que je n'en ai pas. » (Un lycéen en 2018)
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