mardi 16 juillet 2019

PHILOSOPHIE-SCIENCE DU LIEN


Diderot avait déjà quelques idées écologiques, voyant la science ne tirer « que quelques pièces rompues et séparées de la grande chaîne qui lie toutes choses. » ("Pensées sur l'interprétation de la nature"). Ce que précise la note 29 du bouquin : « Tout est lié dans la nature » est un principe fondamental de la philosophie de Diderot comme de tout le XVIII° depuis Leibnitz.
Mais avaient-ils aussi conscience que l'Homme, fait partie de la nature, lui est lié, ou pensaient-ils en surplomb ?
L'idée qui naît là aussi est le principe divisionniste de la science qui scinde la réalité par l'analyse, qui dé-compose : la science examine les maillons de la chaîne un à un mais pas la chaîne dans son ensemble, non seulement en tant que quantité de données (les maillons) mais en sa qualité de lien, liaison, reliance. Qu'est-ce qui fait qu'une chaîne est une chaîne ? ce n'est pas une addition de maillons, c'est la liaison des maillons. (De même que ce qui fait qu'un livre est un livre et non une addition de pages, c'est la reliure et ce qui fait qu'une porte est une porte : les gonds.)
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Une réflexion critique écologique, ça fonctionne comme ça : on prend un fait, on tire le fil et y a tout qui vient. Parce que tout est lié, oui, et c'est bien là le problème ! La complexité.
L'écologie, ça n'est pas (que) la préservation des espèces en voie de garage ou la "protection de l'environnement" (mot qui réduit "la nature" à "ce qui environne l'homme", c'est-à-dire ce qui lui sert à quelque chose, ne serait-ce qu'à faire joli. L'environnement, c'est ce qui reste quand on a détruit la nature). L'écologie est la science des liens, liaisons, interactions entre tout et tout. Complexité qui peut décourager.
Même si on essaye de se limiter à un point de vue économique. Par ex. on se dit « mes chaussettes sont trouées, j'en achète d'autres, ça coûte pas cher ». Mais a-t-on calculé ce que ça coûte vraiment, la paire de chaussettes fabriquée en Chine ? (ou ailleurs). Ce que ça coûte en énergie non renouvelable, voyages, transport, pétrole, pollution de l'eau, de l'air, du climat, catastrophes sociales, tant dans les pays prestataires de main d'œuvre bon marché que dans nos pays réduits au chômage qui pue, avec toutes les conséquences humaines, sanitaires, psychologiques… Au bout du compte, les chaussettes coûtent très cher à la société (sécurité sociale), c'est à dire nous tous.
Face à la mondialisation, dite aussi globalisation, il faut réfléchir globalement.
Il faudrait l'instituer un nouveau mode de calcul du prix des choses (des services aussi) en fonction de leur impact écologique, en tenant compte de TOUT ce qui entre en jeu dans un objet : matières premières non renouvelables, énergie non renouvelable, emballage, destruction de l'emballage, transport, distribution, utilisation, durée de vie, destruction-recyclage, pollution provoquée à chacun de ces postes, donc coût sanitaire, etc., etc. Gros boulot, certes, mais ça pourrait être amusant, et on a des gros ordinateurs, non ? (Par exemple, on peut faire la comparaison de coût énergétique entre un chauffage central au fuel – chaudière, électricité, tuyaux, radiateurs, pétrole importé de loin… - et une cheminée alimentée par du bois mort qu'on ramasse soi-même dans les forêts environnantes…)
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L'écologisme est un humanisme.
L'écologie (ou –isme) pose le problème du sujet qui portera les luttes. Michel Serres se demande qui sera l'avocat des fleuves, des nuages, des forêts… C'est peut-être mal poser le problème. On ne veut pas "sauver la planète", comme s'il s'agissait de Saturne ou de Mars. On veut sauver NOTRE planète, c'est-à-dire la "planète pour nous", et donc finalement NOUS. Que nous considérions (à tort) que la Terre nous appartient, ou (plus justement) que nous appartenons à la Terre (c'est-à-dire dépendons d'elle), le résultat est le même. Les abeilles, a priori, on s'en fout, comme de tout un tas d'autres plantes et animaux. On ne veut pas "sauver les abeilles"… Mais… si nous ne pouvions pas nous en passer…? On peut se passer de miel, oui, mais pas de la pollinisation qu'elles effectuent gratos. Et les vers de terre, donc…
Nous ne pouvons pas nous passer de la Terre, c'est-à-dire "la planète dans un certain état" (climat, quantité d'eau potable disponible, air respirable, capacité locale et globale d'absorption et recyclage des déchets… etc.)
Il ne s'agit pas de "respecter la nature", pas plus que de l'exploiter comme un capital taillable et corvéable à merci. Il s'agit d'en faire un usage raisonné et raisonnable, un "échange organique entre la nature et les hommes". Le but n'a rien de mystique ou de philosophique : il s'agit de sauver notre peau.
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J'écris l'Homme avec H majuscule pour dire l'espèce, l'humanité. De même, la Planète mérite bien aussi une majuscule, comme la Terre, le Monde, la Nature, la Biosphère, parce qu'il ne s'agit pas de simples choses, ni d'êtres individuels, mais d'entités – et je ne mets aucun mysticisme dans ce terme.
Penser l'Homme comme indépendant de la Planète est une aberration orgueilleuse. L'Homme ne passe pas avant la Planète, parce que l'Homme est dépendant de la planète. Préserver-soigner la Terre, c'est préserver-soigner l'Homme. Il n'y a pas de concurrence-rivalité Homme contre Planète, ou Homme contre Nature. Il faut au contraire penser l'Homme-la Planète comme un tout : l'Homme-Planète, ou la Planète-Homme, ou la Nature-dont-l'Homme… "L'Anthroposphère", si on veut, mais ça exclut le reste du vivant… "La Biosphère", mais ça exclut le non-vivant, qui est pourtant indispensable au vivant : le climat, les éléments, la physique, la chimie… Encore une fois, rien de mystique ou de new-age, là-dedans : la réalité écologique.
S'il y a une rivalité, c'est entre l'individu et le couple Homme-Planète. Ce sont des individus qui veulent un 4x4, voyager en avion, manger des steaks… pas "l'Homme".

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Si tout cela est un peu VRAC, c'est que je consacre l'été à vider un peu mes fichiers, dossiers, tiroirs, miroir à réflexion, etc.



Et toujours des dessins issus du Psikopat (les nouvelles d'Olivier Ka) n'ayant rien à voir avec le thème du post.

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