lundi 22 juillet 2019

UN DOSSIER GROS COMME LA LUNE


Dans le cadre du dossier "Conquête de l'espace", et malgré quelques répétitions obsessionnelles, je vous passe tels quels deux petits textes publiés dans le Psikopat n°306, consacré à, justement, la c… de l'…

GULANITE À GOGO
— Si la Terre est foutue, on s'en fout, on terraformera Mars et on émigrera.
— Et si on s'occupait plutôt de terraformer la Terre ?
Dans la série télé "Défiance", des extraterrestres veulent terraformer la Terre (plutôt extraterraformer, disons…) à l'aide de gulanite. En fait, c'est ça qui nous manque : de la gulanite (en quantité industrielle).
Par exemple, pour terraformer Mars et y installer une colonie, il faudrait toute l'eau de la Terre (et non polluée de préférence) et toute l'énergie de la Terre. Et justement, c'est con, c'est de ça qu'on manque le plus, l'eau et l'énergie. Quant au temps que ça prendrait… 200 ans, 2000 ans ? On a le temps de crever la gueule ouverte ici.
Bref, rien de plus con que l'idée de la conquête de l'espace – et c'est un vieux fan de SF qui vous le dit.
Bien sûr que c'est intéressant, scientifiquement parlant, d'explorer le cosmos, la Lune, Mars et le reste, bien sûr ! L'arnaque, c'est de nous faire croire qu'on pourrait y émigrer un jour. Qui ça, "on" ? Nous présents ? Nos descendants ? Combien ? Quand ? Tout ça pour dire « Bon d'accord, on a pourri et réchauffementclimatiqué la Terre, mais c'est pas grave : notre Avenir est dans l'Espace, la dernière Frontière… l'Odyssée de l'Espèce, etc.…» Et les joyeux astronomes passent leur temps à dénicher des planètes rocheuses "comparables à la Terre" (vues de loin) dans les confins cosmiques. Bullshit !
On se croirait dans ce vieux roman de Frederik Polh et M.C. Kornbluth, "Planète à gogos" (1952) où des pubards sans scrupules (pléonasme) mettent en vente Vénus, parcelle par parcelle, aux gogos consommateurs terrestres surpeuplés, prêts à avaler n'importe quel rêve. La SF a raison quand elle promet le pire. De nos jours, on a Elon Musk qui veut nous vendre ses Tesla électronucléaires, ses lanceurs de satellites et son tourisme spatial – tout cela à grand renfort de kérosène… et pour comble la colonisation de Mars – tous les rêves débiles de la rétro-science-fiction.
Face à la finitude, on déplore que la Terre soit trop petite, c'est-à-dire qu'elle interdise une expansion infinie de l'espèce humaine. Mais c'est un peu comme déplorer la brièveté de la vie, cet obstacle imbécile à l'immortalité. Désolé, mais la réalité c'est que l'individu finit : ça s'appelle mourir… C'est que le monde arrive au bout de ses peines, humanité comprise. (Et moi-même je n'en ai plus pour longtemps). C'est con mais c'est comme ça.
… Et on sait même pas s'il y a quelque part des extraterrestres qui pourraient nous fournir en gulanite
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« Je hais l'espace ! » (Sandra Bullock dans "Gravity")
Quelque part durant le 3ème millénaire, une expression vieillotte changea de sens et même d'orthographe. "Mettre la main à la pâte" devint "mettre la main à la patte" : les manipulations génétiques permettaient de fabriquer des quadrumanes. Idéal pour des cosmonautes : dans l'espace, en état d'impesanteur, les pieds sont inutiles et quatre mains sont par contre très efficace pour s'accrocher partout et se déplacer en brachiation dans un milieu organisé pour (une station spatiale en orbite) comme des chimpanzés dans une forêt tropicale. L'espèce humaine était en pleine évolution – ou involution, peut-être…
« Terrien téléphone maison »
À peu près à la même époque les Terriens furent nombreux à mourir d'une entorse aigüe du pouce compliquée de pulpite exémateuse, les petits poucets et petites poucettes cliquant sur leurs mobiles en cette ère cellulaire de la téléphonie. Jusqu'à ce qu'une nouvelle mode apparut, celle d'une puce informatique connectée greffée derrière l'os mastoïdien, ce qu'on appela "la puce à l'oreille", autre expression vieillotte remasterisée pour l'occasion. Évidemment, comme d'hab', il y eut des conséquences inattendues : on découvrit que les puces captaient toutes les pensées subvocalisées de chacun, les in petto, et les transmettaient à une base de données installée par des hackers cosmonautes quadrumanes anarchosyndicalistes sur la station spatiale en orbite. Une wiki-fuite et ce fut la psycho-cata : télépathie pour tous ! Tout le monde partageait les pensées de tout le monde 24 heures sur 24. Total : tout le monde devint fou.
Noyé dans une grande soupe de pensées sauvagement partagées, chacun ne songeait plus qu'à se faire dépuceler l'oreille et retrouver le silence de la déconnexion. Les suicides se sont comptés par milliards – c'est déjà ça. Quant à faire des voyages spatiaux ? Rejoindre les hackers sur la Lune ? Aller terraformer Mars et coloniser Alpha Centauri ? Défier la pesanteur et la relativité ? Plonger dans des trous noirs ? Bah… Autant rester sur Terre à manger des fraises entre survivants décérébrés.
Les astronautes quadrumanes redescendirent sur Terre la queue entre les jambes (ils avaient aussi une queue préhensile). On les installa dans des zoos (il n'y avait plus de forêts ni de chimpanzés depuis belle lurette). Le public les bouda. Quant aux stations spatiales en orbite, elles ne demandaient qu'à se rétamer la tronche par terre et ne s'en privèrent pas.
La loi de la pesanteur toujours gagne.


Le dessin est issu du même numéro du Psiko et n'a rien à voir avec la c… de l'…

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