samedi 31 août 2019

PROPOS TENUS EN ATMOSPHÈRE SURPEUPLÉE


(Histoire de prolonger l'article "Pendant nous le déluge".)
— On est encore peu nombreux à déplorer la surpopulation en marche, mais vous verrez, dans vingt ans, on sera beaucoup plus nombreux. 
— Oui, mais dans vingt ans, on sera beaucoup plus nombreux.  
Le monde étant surpeuplé, la prolifération de l'homosexualité peut être vue comme une tentative parmi d'autres de la part de "mère nature" (l'évolution darwinienne, la Terre, Gaïa, Pandora, la Nâââttûûûrrre… ou ce que vous voulez…) pour ralentir la croissance de la population. Partant, les homos qui veulent absolument faire des enfants (par procréation médicalement assistée, PMA) trahissent leur rôle darwinien.
« Ils ne se reproduisent pas, et pourtant il y en a de plus en plus », disait je ne sais plus quel humoriste finaud comme "l'esprit français" les adore.
Je dis "les homos" mais c'est la même chose pour tous les gens qui ont un problème de stérilité et qui font des pieds et des mains (et autres) pour avoir droit à la GPA, le droit de faire des enfants, au moment où on devrait plutôt penser à instituer un permis de procréer avec examen sérieux… ou rendre l'adoption obligatoire.
Je sais bien que "la nature" (toujours au sens vague, et en y incluant nous et donc la culture) fait régulièrement quelques tentatives d'assainissement, certaines raisonnables et concertées : l'abstinence, la branlette, la pilule et autres moyens de contraception, y compris l'IVG… D'autres plus sournoises : la baisse de fertilité liée à l'usage des médicaments, du coca-cola, des pesticides et engrais, des plastiques, des produits ménagers (phtalates, etc.), bref les pollutions pétrochimiques en général. Ainsi, en tout cas dans les pays surdéveloppés, le sperme est en train de tomber sous le seuil de pauvreté – et c'est tant mieux. (En ce sens, la pollution contiendrait son propre remède…)
La nature/culture ne peut pas toujours éviter le nettoyage par le vide sous forme de massacres de masse (guerres, famines, épidémies, tireur fou en campus, salle de bataclan, concert country, église, rédaction d'hebdo satirique, noyades de migrants…), mais c'est triste. Et puis c'est du gâchis parce que, dans ces cas-là, il s'agit d'éliminer des gens qui déjà vivaient et jouissaient (plus ou moins) de la vie. Pour ma part, je reste partisan du principe de précaution : « Mieux vaut prévenir que guérir ». Autrement dit, contrairement à ce que prêchent toutes les sociétés et religions, à la fois natalistes et guerrières, mieux vaut ne pas faire d'enfants pour ne pas avoir à les tuer plus tard, quand on se sera bien cassé le cul à les élever.
— Fallait y penser avant !
— Ça, c'est le reproche de type parental qui ne sert à rien. La vraie question est : qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
À noter que, parmi les épidémies les mieux cotées, le SIDA joue un rôle particulier intéressant, non pas en tant que tueur de masse, mais parce que son principal moyen de prévention, la capote, joue double jeu : prévention de la maladie, prévention de la croissance démographique. C'est toujours ça. Ebola, à côté, c'est nul.
P.S. Rappelons qu'en Chine la politique de l'enfant unique, jugée par certains contraire au "droit universel à se reproduire", a évité 400 millions de naissances. Maintenant qu'on autorise deux enfants, la fin du monde arrivera un peu plus vite.
— Bientôt 10 milliards d'humains face au problème de la faim.
— 5 milliards mangeront les autres 5 milliards. Problème résolu.
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Dans le Charlie Hebdo 1412 du 14 août, Gérard Biard s'étonnait lui aussi. Il parlait du dernier rapport du GIEC et de ses sages conseils, alimentaires entre autres. « Mais il manque dans tout cela une donnée non négligeable du problème, qui demeure encore et toujours dans l'angle mort de l'écrasante majorité des rapports, analyses et scénarios envisagés pour tenter de limiter les dégâts : la surpopulation. Car la projection, pour le moins apocalyptique, d'une Terre (sur)peuplée par 11 milliards d'humains se divisant entre affamés et prédateurs-destructeurs ne semble pas devoir être remise en question. L'accroissement exponentiel de la population mondiale est un fait qui ne se discute pas. Elle était de 1,8 milliard en 1900, 6 milliards en 2000, elle dépassera les 11 milliards en 2100, point final.
Pourquoi ? Parce que.
Il est écrit une fois pour toutes que l'humain pondra à tour de bras pour les siècles des siècles jusqu'à recouvrir la moindre surface de la planète sur plusieurs couches.
La démographie ne semble pas être un levier sur lequel on peut peser pour endiguer la catastrophe annoncée. » Etc.
Eh oui… Je ne dirais pas mieux. Même les décroissants de "La Décroissance" ne veulent pas en entendre parler, autant que je sache. (Il y a très longtemps que je n'ai pas ouvert ce canard imité de La Gueule Ouverte où pourtant, il y a 40 ans et plus, des gens en parlaient). Pas seulement les religieux totalitaires pro-life anti IVG, donc. Quant aux responsables politiques……
« Le spermatozoïde est l'espèce la plus protégée de la planète. »
Alan Weisman : « Toutes les hypothèses cèdent  devant notre répugnance à accepter que le pire pourrait bel et bien se produire. Nous sommes peut-être victimes de nos instincts de survie, affinés au fil des âges pour nous aider à nier, braver ou ignorer les présages de catastrophes, de peur qu'ils ne nous paralysent d'effroi. » ("Homo Disparitus, p.16)
Ces instincts, trompeurs en l'occurrence, nous ont bel et bien amenés à attendre qu'il soit trop tard.

 Pour une nouvelle d'Olivier Ka, parue dans Psikopat 287

samedi 24 août 2019

L'INSOUTENABLE POIDS DU RÉEL


Peut-être l'ai-je déjà dit, mais j'en ai un peu marre de l'emploi journalistique du conditionnel.  Les "si"… Même dans Charlie Hebdo, je lis par exemple  « Si nous ne faisons rien, la "décroissance" nous sera imposée », là où il faudrait dire « Comme nous ne faisons rien, la décroissance nous sera imposée ». J'ajoute « imposée par personne : par les faits, la conjoncture, la réalité ». (L'usage du "nous" serait aussi à discuter…)
Disons que si "nous" (l'humanité) ne renonçons pas volontairement à prendre l'avion, l'avion tombera avec "nous" dedans. Et là "nous", ce n'est pas seulement ceux qui prennent effectivement l'avion, qui sont effectivement dedans, mais tous les autres (qui auraient bien voulu pouvoir se le payer). Les avions redescendent toujours, c'est une loi de la nature.
Ou bien l'avion sera interdit, quel vilain mot, par une autorité, autre vilain mot. Pareil pour la viande (grande déforestratrice et émetteuse de gaz à effet de serre, on le sait), pareil pour l'Internet (grand dépensier d'énergie donc producteur de surchauffe climatique), pareil pour voiture ou trottinette (même électriques = nucléaires), les cuvettes en plastique, les vinyles, les sacs-poubelle, les pailles, les canettes, le coca, les insecticides, pesticides, herbicides, le made in China, les batteries lithium, les motos, les poupées barbie et tant et tant d'autres choses, objets et pratiques.
Imposer, interdire ? Qui pourrait imposer cet effondrement de la civilisation STIC (science-technique-industrie-commerce – ce que Edgar Morin appelait "le quadrimoteur"), cet écroulement de la baliverne… qui pourrait l'imposer dans le seul but du salut de l'espèce ("nous") ? Personne. Apparemment, l'argument rationnel de "notre salut", "nous sauver", "la survie de l'espèce"… ne porte pas. Étrange !
Il va falloir « comprendre que seules de fortes contraintes nous sauveront », dit Jacques Littauer (Charlie Hebdo 1406). (Ici encore, le "nous" serait à discuter, ainsi que le verbe "sauver"… Disons "nous = l'humanité" et "sauver = laisser l'espèce se perpétuer"…) Même la Chine, où l'on ne s'embarrasse pas de droits de l'homme (de l'individu, plus exactement), a dû renoncer à la politique de l'enfant unique qui, imposée à toute l'humanité serait le seul salut possible (de "nous", l'humanité, l'espèce – et par conséquent l'individu, vous et moi).
Si bien que finalement, le seul dictateur écolo-fasciste sera la réalité aveugle. Nous n'arrêterons pas les catastrophes, les catastrophes nous arrêteront. (Notez que je ne dis pas « Si nous n'arrêtons pas… etc. »)
"Nous" renoncerons donc, contraints et forcés, à la baudruche "croissance". Mais pire : comme la décroissance "nous" sera imposée par la réalité (avec ou sans participation active des "décideurs" patentés et dirigeants en tous genres), il nous faut-faudra renoncer à ce qui fait de nous des individus individualistes, "la liberté", la sacro-sainte liberté, le libre choix, que ce soit celui de voyager, de manger des steaks ou de faire des enfants de plus – questions autant quotidiennes que philosophiques.
Ce sens ultime de notre être-au-monde n'est pas encore assez rentré dans nos têtes pour que nous acceptions de revoir-réviser-réformer nos modes de vie. Au minimum la tempérance : limiter nos désirs, limiter nos pouvoirs.
Quant à savoir qui mourra, qui restera, survivant, vestige, leftover… c'est toujours la réalité impitoyable qui fera le tri.

ABSOLU
« Je pressens que les grands débats à venir ne porteront plus sur l'humanisme ou les droits de l'homme face aux prétentions de la croyance religieuse, mais sur la survie de l'espèce humaine sur cette Terre, qui demeure l'horizon indépassable de toute espérance tangible. » (Bruno Pinchard, philosophe)
Le devenir de l'humanité sur Terre (ou simplement la survie de l'humanité) est le seul absolu éthique susceptible de remplacer tous les autres. Seul absolu puisque c'est l'existence elle-même qui est en jeu. Le seul devoir est envers le futur. Face à l'éventuelle extinction de l'espèce humaine (ou même seulement à l'avenir pourri programmé), pas de relativité ou de relativisme possible. Pour relativiser, il faudrait être un dieu assis au centre de la galaxie. (Cf. la métaphysique qui préside aux fictions comme "Le Jour où la Terre s'arrêta" ou "Les Enfants d'Icare".)
Ce n'est pas une question d'empathie, de bons sentiments envers "la planète" (qui se porterait mieux sans les humains, ouais…), ni de métaphysique qui ferait se demander si l'espèce humaine est tellement intéressante qu'elle mériterait de perdurer, au nom de la conservation d'une valeur absolue, un Humanisme transcendantal… Tout ça, ce sont des visées morales, intellectuelles et mégalomanes…
C'est une question de survie. La question n'est pas le mérite de l'espèce, ni une supposée mission transcendante à elle attribuée par le Cosmos, la question c'est que c'est la nôtre et qu'on n'en a pas d'autre, et qu'elle ne perdure qu'avec les autres et avec "la planète". J'ai parlé d'absolu éthique, mais c'est plutôt de l'ordre de l'instinct de survie, comme la "légitime défense". Foin du sacrifice.
Certains disent que le diagnostic est exagéré (alarmiste), on ne peut que leur répondre : vous verrez bien que j'avais raison, lors de l'autopsie !

mardi 20 août 2019

« JE HAIS LES VOYAGES ET LES EXPLORATEURS »


Il y a quelques années, j'entendis ou lus Mme Badinter disant « Il n'est pas question de ne plus voyager ! », comme scandalisée que l'écologisme, bien que sympathique, puisse aller à l'encontre du droit à prendre l'avion pour aller poser son empreinte carbone un peu partout sur la planète. Pourtant, on ne le sait que trop, il y a bien lieu de mettre en cause les transports en tous genres, en particulier l'avion, pour leur rôle dans la surchauffe planétaire. Eh oui, chère madame, il est bel et bien question de cesser de voyager. Comme de cesser de manger de la viande, de tailler des autoroutes dans le paysage, de bouffer tout le sable du monde pour faire pousser des tours toujours plus hautes, de mettre du plastique partout, des pesticides partout partout et des ordures durables partout partout partout.
Le voyage, qu'il soit touristique ou d'affaire, individuel ou de masse, politique ou scientifique, journalistique ou commercial, le problème n'est pas ce qu'il transporte ou qui il transporte, le problème c'est le voyage en soi, c'est-à-dire l'avion, le paquebot, le cargo, le train électrique, la voiture pétrolique ou électro-nucléaire. Ajoutons les fusées et navettes spatiales porteuses de satellites ou de milliardaires touristes. Que l'on voyage pour raisons politiques, commerciales ou récréatives, les voyages sont le mal du siècle. Un des maux du siècle ou des deux derniers siècles. Comment ça a commencé, cette manie ?
« Je hais les voyages et les explorateurs », écrivait Claude Lévi-Strauss en incipit de Tristes Tropiques. "Les explorateurs"… Oui, ça commence comme ça, avec quelques aventuriers, curieux, conquérants et même scientifiques bourrés de bonnes intentions. Un siècle plus tard, il n'y a plus rien à explorer, plus rien à découvrir. Tout est balisé, cartographié, photographié, filmé, modélisé 3D… et salopé. Touriste, on ne découvrira rien. Scientifique allant ce cailler en Antarctique pour mesurer combien il nous reste de temps avant la noyade en eau tiède, on ne découvre rien : on sait déjà.
Le tourisme proprement dit, c'est les Anglais qui ont commencé ("Touring-club") au XIXe : Riviera française ou suisse (grands lacs alpins), Italie, bien sûr : Venise, Florence, Rome… Une forme de colonisation seconde… douce, où l'on apporte des devises à des sous-prolétaires étrangers, lesquels s'empressent de se conduire en esclaves. Exploitation réciproque. Se déplacer, voyager, faire le touriste dans des pays où n'importe quel occidental apparaît riche. voyager pour la jouissance de ce pouvoir, donc : faire le riche.
Et autrement pour quoi ? S'étaler sur une plage ? C'est vrai qu'il est inadmissible que les plus beaux paysages du monde, atolls ou haute montagne, ne profitent qu'à des péquenauds primitifs qui ne savent même pas que c'est beau. Et puis, plus simplement, se dépayser, parce que à la maison boulot dodo, on s'emmerde, depuis qu'on ne sait plus jouir du feuillage du cerisier voisin ou de l'écorce du platane. Il nous faut de l'exotisme… et avec, pourquoi pas, de l'érotisme… Tiens… ça en ferait peut-être partie, ça aussi…
Nous voici, grâce à l'avion, enfin maîtres et possesseurs de la nature, de la planète sous tous les angles. Si chez moi c'est quelconque (parce que je connais déjà trop bien), il me faut de l'ailleurs qui sera forcément grandiose, "impressionnant", "incroyable", et en rapporter des photos, pas celles des atlas et des cartes postale, enfin si, les mêmes, mais prises par MOI.
Aux aventuriers explorateurs touristes, j'ajouterai les chasseurs, parce que tirer des lapins entre les rangs de vignes d'à côté, ça lasse… Mais des lions ! Mais des éléphants !! Et la chasse à la baleine !!! Je n'ai pas besoin d'y penser plus d'une seconde pour me poser la question, frémissant de rage « Comment peut-on oser faire ça ?! »

UNE BRÈVE HISTOIRE DU XXe SIÈCLE.
Des explorateurs occidentaux découvrent du pétrole et du gaz quelque part dans une colonie.
Après l'avoir exploité en colons pendant des années, ils se font jeter par des populations autochtones à qui, après tout, ces terres appartiennent (ce que ces populations ne savaient pas, d'ailleurs, avant que d'autres occidentaux leur enseignent la propriété des terres, la révolution, la liberté, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, etc.)
Les exploitants occidentaux s'en vont donc, la queue entre les jambes mais laissant sur place du matos d'exploitation et des compétences (sous forme d'hommes ou de modes d'emploi) qui vont permettre aux autochtones d'exploiter eux-mêmes leur pétrole et leur gaz.
Ensuite, ces derniers le vendent aux occidentaux précédents (qui en sont friands).
Donc, nous, les occidentaux en question, nous leur donnons plein d'argent pour leur acheter leur pétrole. Ils deviennent très riches (enfin… surtout certains). Ils achètent en occident des vignes, des usines, des fonderies, des équipes de foot, des musées, des châteaux, des tableaux, des appartements dans le XVIe et des palaces sur la Riviera (entre autres).
On s'en fout du moment qu'on peut mettre de l'essence dans nos bagnoles.


samedi 17 août 2019

L'EFFET REBOND


Pour comprendre pourquoi, paradoxalement, les améliorations de l'efficacité énergétique (véhicules, chauffages, clim, etc.) n'ont rien changé et ne changeront rien à la surchauffe globale, pourquoi les efforts (réels) de réduction des émissions de gaz à effet de serre se sont montrés vains, il faut se pencher sur "l'effet rebond".
En bref, au lieu de limiter la demande en énergie, les améliorations de l'efficacité énergétique conduisent à des niveaux de plus en plus élevés de consommation d'énergie. 
« Des coûts de l'énergie plus élevés, à cause des taxes ou des pénuries induites par les producteurs, ont pour effet initialement de réduire la demande, mais à plus long terme cela encourage la recherche d'une meilleure efficacité énergétique. Cette réponse en efficacité compense partiellement l'augmentation des prix et donc la réduction de la demande est affaiblie. Le résultat est un nouvel équilibre entre l'offre et la demande à un niveau plus élevé de l'approvisionnement et de la consommation que s'il n'y avait pas eu de réponse en efficacité. »
Premièrement, une meilleure efficacité rend l'utilisation de l'énergie relativement meilleure marché.
Deuxièmement, une meilleure efficacité induit une augmentation de la croissance.
Troisièmement, une meilleure efficacité encourage et donc multiplie l'utilisation de toutes les technologies, produits et services qui jusque là était limitée. La mise à disposition de voitures utilisant moins de carburant entraîne une augmentation du nombre de voitures, des trajets et des activités liées aux voyages, ce qui minimise ou annule l'amélioration de l'efficacité énergétique. Il semble que ceci n'ait pas été pris en compte dans la discussion générale sur le développement durable et les stratégies de lutte contre le réchauffement climatique. 
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En fait, ça se passe comme quand il y a baisse du prix à la pompe, si c'est moins cher, on fait moins attention, on roule plus et donc l'économie prévue se retrouve annulée.
Et puis bien se dire que quand le carburant est moins cher, il ne produit pas moins de CO2.
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« On a besoin d'un peu d'espoir tout de même sinon autant s'immoler par le feu tout de suite pendant que l'essence est encore abordable ! » (Brève de courriel)
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Les compagnies d'aviation travaillent à alléger les avions au maximum pour économiser le kérosène : repas plus légers, chiottes à sciure, hôtesses en string, suppression des sièges au bénéfice d'un tas de bottes de paille, genre wagon à bestiaux… Réduire la vitesse, aussi, fait faire des économies…
Demain, des avions en papier volant à 30 à l'heure.
Très bien. La décroissance est en marche à la vitesse d'une huître au galop.
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Quand l'avion fait des morts, la voiture aussi.
Dans les deux années qui ont suivi les attentats du 11 septembre, 2302 personnes supplémentaires sont mortes dans des accidents de la route aux USA. Pourquoi ? Parce que les Américains avaient peur de prendre l'avion et donc prenaient davantage la voiture. (La Recherche N°425. Déc 08). Comme quoi l'avion peut tuer, même quand on ne le prend pas. Et comme quoi les attentats du 11 septembre ont fait 2302 morts de plus.
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La nouvelle future écotaxe sur les vols aériens intérieurs comme extérieurs sera inefficace parce que les Riches s'en foutent : 15 ou 25 euros de plus par vol, so what ? Ça n'embêtera que ceux pour qui l'avion est déjà cher et sera donc trop cher. (Les prochains gilets jaunes ?) Reste à savoir si l'argent récolté par l'État grâce à cette taxe sera bien utilisé ? (Planter des arbres…) Une vraie solution serait l'interdiction pure et simple des avions dans le monde entier.
Vous avez dit "l'interdiction pure et simple" ?! Vous rêvez ! Comme on n'aime vraiment pas les interdictions, il faudra s'en remettre à la conjoncture, au destin : la fin des réserves pétrolières.
Quand ça viendra, il sera trop tard. (Et on s'étonnera, et on pleurera, « È tardi ! », comme chante la Traviata…)
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— Chéri ! Est-ce que le drone d'Amazon a livré le pain ?


mercredi 14 août 2019

Un brouillon de légumes


« Ce mal qui répand la terreur,
l'humanité, puisqu'il faut l'appeler par son nom,
faisait aux animaux la guerre… »
(Les fables du fabuliste)

Quand les végans et véganes se sont installés un peu partout, on ne s'est pas méfié de ces aimables bobos bouffeurs de salade qui n'auraient pas fait de mal à une moule. On rigolait : ils débarquent de Véga ! Des aliens !
Ils portent des costumes en lin, des chaussettes en bambou, des ceintures en peaux de banane, des slips en épluchures d'aubergines… Ils se tatouent "vegan friendly" avec des encres au radis noir (Mais… c'est végane, le tatouage ?! C'est quand même sur de la peau d'animal humain !)
Les véganes femelles portent des robes en petits pois, des chapeaux en fanes de radis, des escarpins en pignons de pin, des culottes en feuille de vigne, des soutif en cosses de noix de coco… Leurs bébés tètent des carottes (bio).
Ils sont partout, on est cernés. Ils nous forcent à manger des salsifis et des brocolis. La vache folle, c'est eux qui l'ont fait exprès pour qu'on mange des rutabagas. Plus personne n'achète de viande, on a peur… et pourtant, quand on se voit en maillot, on n'est pas fait en légumes, nous.
Leur lobby produit de terribles docus-télé. Des "Envoyé spécial-L214" sur les abattoirs d'œufs durs, à grand renfort de sans-papiers asservis. On n'ose plus manger d'autruche. Les docus sur les ours blancs qui fondent, ça va, il y a déjà longtemps qu'on n'en mange plus. Mais est-ce que voir "La Marche de l'empereur" ne va pas nous donner envie de manger du manchot ?
— Ils aiment pas les animaux, ou quoi ?
— Le végan, tu lui montres un boucher, ou un steak tartare, il vomit. Direct.
— Merde ! Mais il vomit QUOI ?
On proteste. On peut admettre aisément que l'andouillette soit un crime contre l'humanité, mais qu'est-ce qui est le pire, qu'est-ce qui est le plus dangereux pour la Terre – et donc pour nous tous ? Un steak de bœuf contaminé ou un steak de soja OGM ? Un sac à main taillé dans la peau d'une vache folle ou dans un baril de pétrole ? La corrida ou le RedBull ? Un antispéciste ou un chasseur ? Les bottes en peau d'élan ou celles en plastique recyclé ? Un blouson en mouton retourné ou en mylar doublé teflon ? Des bas de soie ou de nylon ?
Finalement, on s'est posé la question : le végan est-il comestible ? (On avait déjà bouffé les derniers amish depuis longtemps). On a répondu "oui" et ils sont devenus eux-mêmes une source d'aliments pour nous. Manger un végan ce n'est pas de l'anthropophagie, c'est même à peine du carnivorisme : ça a goût de soupe de légume. (C'est pas une excuse, mais eux-mêmes mangeaient parfois des plantes carnivores.)
On est restés quand même locavores : on a bouffé d'abord nos végans locaux et de saison.



dimanche 11 août 2019

PENDANT NOUS LE DÉLUGE


— Révisons nos clichés. Jetons le bébé, gardons l'eau du bain. Dans les années qui viennent, une baignoire d'eau sera bien plus précieuse qu'une vie humaine.
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Notre société capitalo-industrielle défend une croissance infinie dans un monde fini – dire ça est devenu un cliché bien-pensant mais il faut le dire quand même.
Les Décroisseurs disent que si tout le monde sur Terre aujourd’hui consommait comme les Français, il faudrait trois planètes pour répondre à nos besoins en énergie et en alimentation...
La solution est simple : retrouver une empreinte écologique inférieure ou égale à une planète. Il suffit pour cela de revenir à la consommation des années 60, c'est-à-dire la réduire des deux tiers. (Thèse que défend Serge Latouche.)
… Mais réduire la population mondiale des deux tiers en gardant notre consommation, ça serait pas plus simple ?
— C'est horrible ce que tu dis. Ou au moins cynique.
— Avons-nous le choix ?
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Quand je joue au jeu de la prospective, j'en viens forcément à penser que le mal, le seul le vrai, celui dont dépendent tous les autres, c'est la surpopulation. Le monde supporte déjà mal 7 milliards d'habitants, alors 8, 9, 10…? Alors qu'il supportait assez bien un gros milliard, il n'y a pas plus de 100 ans. Donc, je deviens malthusien. Ou ehrlichien ("La Bombe P", 1968). C'est très vilain. Partant, je suis contre tous les agents de santé complices de la surpopulation : les vaccins qui "sauvent des vies", les antibiotiques qui –, les pompiers et les médecins qui –… Contre toutes les mesures de sécurité et de prévention qui –.
Tout cet acharnement thérapeutique qui veut que toute vie humaine soit sacrée et donc bonne à sauver sur tous les tons.
Je suis aussi pour les séismes, les tsunamis, les épidémies, les pandémies, les guerres, les attentats, les accidents de la route, les tueurs de masse en série. Pour les araignées irradiées qui nous transforment en Spiderman et les pesticides et phtalates qui nous perturbent grave les endocrines. Les dits perturbateurs endocriniens tendent à stériliser l'humanité, donc ce sont nos amis. Prochainement, il faudra interdire la bouffe bio et toutes les pratiques de ce genre qui préservent la santé et ses environs, interdire tout produit ne contenant pas de phtalates, de pesticides, de glyphosate. L'avenir démo-décroissant en dépend.
Je suis bien sûr pour la vie monacale, la branlette, l'abstinence sexuelle, l'homosexualité, la pilule, le stérilet, la capote, l'avortement par tous les temps, la stérilisation volontaire ou imposée après la première parturition.
Finalement le seul salut de l'humanité que je puisse imaginer passe par une politique malthusienne drastique : l'enfant unique pour tout le monde – dans le monde entier. Sachant, sans illusions, que cette politique ne sera pas acceptée par les populations (nous-vous-ils) par l'opération de la seule bonne volonté de chacun-chacune, elle ne pourra être qu'imposée et passera donc par une dictature sans pitié.
Bien sûr, on peut aussi, parce qu'on est tellement individualiste et trop amoureux de la liberté individuelle, préférer l'autodestruction de l'espèce humaine dans un chaos de vers de farine étouffés par leur propre obésité et leurs propres cacas, en espérant qu'il restera après nous quelques bactéries pour continuer "la grande aventure de la vie", comme on dit dans Science & Vie Junior. (Et on sait même pas s'il y a des extra-terrestres quelque part…)
En résumé, quand on joue au jeu de la prospective et qu'on est animé quand même par la volonté de sauver l'espèce humaine et le vivant en général, on en vient forcément à prévoir et même promouvoir un futur totalitaire. Ça fait chier.
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 « La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite. » (Hans JONAS, Le Principe responsabilité (1979), Flammarion, 1995, p. 233.)
Ce qui est inquiétant c'est que ces prophéties de malheur n'ont pas l'air d'engendrer tellement de peur qu'on le dit. Il n'y a pas de grandes paniques, de grands défilés, de suicides collectifs : on s'en fout !
Apparemment.
Et puis des projets de géo-ingénierie consistant à trafiquer l'atmosphère en balançant par avion des tonnes de dioxyde de soufre dans la stratosphère pour qu'elle soit plus réfléchissante. Là, on a vraiment peur ! Qu'est-ce que vous préférez, le réchauffement ou les pluies acides ?
(De toute façon, tout le monde, sur cette planète, à l'heure qu'il est, devrait hurler de peur. Si on ne le fait pas, c'est qu'on a sa fierté.)
« Le monde est devenu rouge pendant que je dormais. » (Joseph Green, Patrice Milton, "Voir les étoiles aveuglantes", in Fiction N°281, 1977)
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mercredi 7 août 2019

ASTÉROÏDES ET PÉRILS / 3


(Il est recommandé par la faculté de lire les 3 épisodes dans l'ordre, merci.)
Mais enfin, la culpabilité envers "les autres" (les pauvres de l'autre côté), il doit bien y avoir moyen de s'arranger aussi avec ça, dans la tête. Après tout, ce n'est pas NOUS (d'ici/maintenant) qui les avons colonisés, christianisés, esclavagés, un peu tués sur les bords, les non-blancs, les autres du Sud, les pauvres des autres continents. On leur a même apporté plein de bonnes choses, les antibiotiques, les vaccins, la démocratie, jésuschrist, la pilule (ah non, tiens, c'est vrai, pas la pilule, ou trop tard, c'est con.)
— Tiens, quand ça t'arrange, tu dis "on" comme si c'était "NOUS d'ici/maintenant"…
— Bon d'accord, NOUS, toi et moi, n'y sommes pour rien non plus dans les supposés bienfaits ; mais ils auraient pu réagir, aussi, eux, les pauvres extra européens, ne pas se laisser esclavager, coloniser, abandonner, exploiter, et même nous dire (pardon : dire à nos ancêtres) : « Hé les mecs, vous faites fausse route avec votre système ! » Ils n'ont rien fait pour empêcher ça, alors ils sont tout aussi coupables que nous ! (Je corrige : leurs ancêtres sont tout aussi coupables que nos ancêtres – c'est compliqué, des fois de raisonner !)
… Ouais…
Et puis d'abord, NOUS, maintenant, comme dit plus haut, on ne demande que ça, qu'ils jouissent eux aussi de notre civilisation STIC. Surtout les gens de la gauche bien-pensante issue à la fois du christianisme et de la révolution, ce qui est manger la bonne conscience par les deux bouts. On ne demande qu'à voir disparaître cette inégalité immorale ! Vive le développement du Sud ! (Sans compter que ça peut rapporter gros.)
Il y a un problème, quand même. On veut que ce soit "par le haut", cette égalité. C'est-à-dire qu'il n'est pas question d'abandonner ou réduire notre jouissance-confort à NOUS, il est question de faire accéder les autres, les PSD, à la même jouissance STIC. Et on leur donnera même la pilule et la capote en cadeau bonux s'ils se tiennent bien à table. PSD, faites comme nous ! Produisez, vendez, consommez, jouissez ! Qu'on soit tous pareils sur la Terre, tous égaux, tous consommateurs, tous jouisseurs de la société scientifico-tekno-industrio-commerciale ! (Et donc tous foutus, parce que, évidemment, la Terre ne le supportera pas.)
Et donc, soyons tous coupables, plus personne ne sera coupable.
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On voit qu'au prix de quelques petits arrangements avec la logique, la métaphysique, la morale (mais après tout le cerveau humain est fait pour ça) on en arrive finalement à la conclusion que là aussi, dans le cas de la surchauffe planétaire comme dans celui de l'astéroïde fou, il n'y a pas de coupables, si bien que nous nous retrouvons là aussi devant un cas de Destin Inéluctable. On peut donc à nouveau méditer sur notre sort individuel et celui de la civilisation, se résigner ou espérer un miracle, travailler à rattraper le coup ou à s'adapter aux conditions futures prévisibles. Tout cela sans scrupules, sans culpabilité excessive. Et je dis ça sans déconner, vu que, comme dit plus haut, je ne suis pas sûr que la culpabilité soit un bon moteur d'action salutaire…
Par contre, la responsabilité.
Une fois qu'on arrête de chercher un coupable à punir, ou de se couvrir la tête de cendre en tant que coupable soi-même, on peut tenter l'aventure de devenir responsable. C'est-à-dire adulte. Face au dit Destin Inéluctable, toute la question sera celle de l'inéluctabilité ou non de ce destin, ou de sa corrigibilité dans le présent-futur. Trouver des coupables et les punir, on s'en fout : on sait faire, déjà, pas de temps à perdre avec ça. On doit chercher des solutions. Question de survie.
Nous sommes les passagers d'un obus julesvernien, lancé d'un coup de canon dans le vide interplanétaire et n'ayant besoin ni d'énergie ni de pilote pour continuer sur sa lancée. Hum… pas exactement : en fait, si ! notre vaisseau STIC a besoin d'énergie pour continuer ; et par ailleurs l'espace n'est pas vide : il y a du frottement (la "matière noire" ?). Deux circonstances qui nous laissent espérer du ralentissement.
Essayons une autre image, issue de Ulrich Beck, "La société du risque" (1986) : nous sommes à bord d'un énorme avion pour lequel aucune piste d'atterrissage n'a été construite. Et, c'est bien connu, les avions redescendent toujours. La loi de l pesanteur toujours gagne.
Essayons encore une autre image : passagers d'un train lancé depuis des siècles, ayant perdu son pilote, certes, mais train lui aussi sujet au frottement de l'air, à l'usure des rails et des mécanismes, à la carence en énergie. De plus, nous n'avons pas seulement accès au signal d'alarme, ça, ça fait un moment qu'on le tire, au point qu'il nous reste dans la main.
Nous avons accès aux freins.
(Pour le moment, nous appuyons simultanément sur le frein et sur l'accélérateur, alors il ne faut pas s'étonner que ça chauffe.)
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PS 1.
"La prévision est un art difficile, surtout quand elle porte sur le futur."
16 avril 2008 : Un lycéen allemand de 13 ans corrige les calculs de la NASA : l'astéroïde Apophis aurait 1/450 chances d'entrer en collision avec la Terre en 2036 et non 1/45.000. Selon un premier communiqué, la Nasa aurait reconnu son erreur. Selon un communiqué apparemment plus officiel, elle aurait maintenu sa position première. (Le jeune allemand avait dit avoir intégré à ses calculs un facteur que l'Agence américaine n'avait pas pris en compte : le danger de collision d'Apophis avec l'un ou plusieurs des 40.000 satellites artificiels lors de son passage près de chez nous le 13 avril 2029.) Bon. Les générations futures, vous me direz ce qu'il en a été, finalement, hein ?
PS 2 : De là à dire qu'on appelle de nos vœux le méchant astéroïde vagabond, il n'y a pas loin. La catastrophe naturelle qui réglerait le problème à notre place, sans que personne ne se sente coupable.
Jean Rostand : « Tous les espoirs sont permis à l'homme, même celui de disparaître. »


lundi 5 août 2019

ASTÉROÏDES ET PÉRILS / 2


Tout ça pour dire que cette éventualité toute éventuelle et science-fictieuse moyennement crédible d'une chute d'astéroïde grand comme le Texas n'est pas si loin de la réalité à laquelle nous sommes confrontés. Je parle de la surchauffe climatique planétaire. Car après tout, la fucking catastrophe en cours, nous avons le temps de la voir venir des mois et des années à l'avance, et donc le temps de :
- Méditer sur notre sort, la brièveté de la vie et des civilisations et on est bien peu de choses et la nature reprend ses droits ;
- Espérer n'importe quoi qui détourne le mal, une erreur de calcul des climatologues du GIEC, un résultat probant de nos prières à Dieu-le-Père, un miracle ;
- Tenter des trucs dignes de notre syndrome de toute puissance : « On va l'arrêter, cette fucking surchauffe ! » Et les teknos de nous ressortir les bons vieux scénars hollywoodiens à base de miroirs orbitaux et autres ensemencements de la stratosphère avec du soufre, sans omettre une Californie entièrement recouverte de panneaux photovoltaïques (ininflammables si possible), le schwartzenegger est passé par là, prenant le relais du brucewillis ;
- Et donc encore peut-être aurait-on le temps de se préparer au futur, au cas où la vie ne disparaîtrait pas entièrement de la planète, ou pas trop vite, en l'occurrence apprendre à s'adapter aux nouvelles conditions de vie, par exemple en déménageant les villes côtières à l'intérieur des terres, plus en altitude, plus au nord…
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Il y aurait pourtant une grosse différence entre ces deux éventualités de catastrophes, l'astéroïde ou la surchauffe. Outre la différence esthétique (la collision spatiale, sur fond de "Prélude et mort d'Isolde" de Wagner, ça a quand même plus de gueule que six degrés de plus sur le thermomètre de la cuisine), il y aurait une différence morale, ou éthique, ou métaphysique. (À moins que ce soit seulement psychologique, mais finalement ça revient au même.)
Le méchant astéroïde, on n'y est pour rien, alors que la surchauffe, NOUS en sommes responsables, au moins partiellement, il n'y a plus vraiment de doute là-dessus.
D'où CULPABILITÉ.
Et je ne suis pas sûr que la culpabilité soit un bon moteur d'action salutaire…
Mais, si on y réfléchit bien, il y a peut-être moyen de se débrouiller avec ça dans sa tête. Après tout, cette catastrophe, en cours, disais-je,  elle est en marche depuis longtemps, la République en marche n'y est pour rien, elle s'est enclenchée il y a des siècles. Disons deux siècles, mais il y a eu des prémices (ou des prémisses, je sais jamais). Et donc NOUS n'y sommes pour rien. (Par NOUS en majuscules, j'entends les NOUS de ici et maintenant, vous et moi – en Anglais "US", ce qui ne gâte rien). NOUS ne faisons que prolonger l'œuvre (douteuse) de nos prédécesseurs, philosophes "positivistes" du XVIIIe siècle, dit "des Lumières", industrieux industriels capitalistes du XIXe, inventeurs fascisants du travail à la chaîne et autres teknos du XXe siècle, obsédés par un rêve de maîtrise. L'origine du mal qui nous frappe est dans le passé, et, comme chacun sait, le passé est inamovible, inaltérable, incorrigible, si bien que les conséquences des actes passés deviennent un Destin (inéluctable ? faut voir). Alors s'il vous plait, Greta Pocalypse, faut pas NOUS mettre "tout ça" sur le dos ! NOUS de maintenant n'avons fait que suivre le mouvement, conditionnés que nous sommes, programmés par notre passé, coincés dedans, emportés par la force d'inertie et d'ineptie du système, sans avoir notre mot à dire, enfants lancés dans le monde par des enfants irresponsables. (Ouf : voilà quelques phrases qui abaissent le taux de culpabilité !)
Pourtant, un autre élément de CULPABILITÉ possible entre en jeu : le fait que NOUS jouissions de la situation. Non que NOUS jouissions de la catastrophe en cours ou de l'éventualité de la catastrophe finale (encore que…). Mais le fait que NOUS jouissions de nos gadgets énergivores, de nos automobiles polluteks, de nos jouets électroniks, de notre liberté de mouvement planétaire (voyage-voyage…), de nos médicaments miracles, de l'augmentation de notre durée de vie, etc. Et que NOUS n'arrêtions pas d'en jouir, quelque soit notre bonne volonté.
Cette jouissance est-elle coupable ? Pour la morale judéo-chrétienne, la jouissance en soi est un péché face à Dieu, c'est-à-dire "dans l'absolu". Mais je veux croire que nous n'en sommes plus là.
Par contre, "dans le relatif", c'est-à-dire "par rapport à d'autres", n'y a-t-il pas faute ? Car NOUS sommes finalement peu nombreux, au monde, à jouir de cette civilisation scientifico-tekno-industrio-commerciale (STIC pour les intimes) dont les conséquences néfastes touchent le monde entier. Si NOUS (d'ici/maintenant) n'y sommes pour rien, comme dit plus haut, EUX, "les autres" (= les pauvres), y sont encore moins pour quelque chose. Là, oui, il y a un point qui nous gène aux entournures, car c'est un point de comparaison. Nous jouissons de notre civilisation STIC, non seulement en abandonnant "les autres", en les excluant, en les privant, mais en plus nous en profitons sur leur dos. Car notre vie jouissive n'existerait pas sans l'exploitation des autres, dits autrefois pays sous-développés (PSD) et maintenant PVD, pays en voie de développement. (Ce qui n'est pas malin : NOUS semblons pressés que "les autres" nous emboîtent le pas dans notre grande mission de développement-destruction-sciage de la branche sur laquelle on est assis. D'ailleurs les autres, les pauvres en général, s'ils sont des écologistes, c'est malgré eux. Ils voudraient bien, faim et mimétisme aidant, manger de la viande tous les jours, prendre l'avion, rouler en 4x4 et donc participer activement à la catastrophe dont ils sont les premières victimes. Que ça vaille le coup, quoi !, de souffrir de la surchauffe non comme une simple victime mais comme un co-responsable, histoire d'avoir en plus le plaisir de la culpabilité.)
(à suivre)

dimanche 4 août 2019

ASTÉROÏDES ET PÉRILS / 1


Quelques réflexions supplémentaires et répétitives de Philippulus-le-Prophète sur comment vivre avec la fin du monde qui frappe à la porte.
Fable : Un astéroïde grand comme le Texas s'écrase sur la Terre. Plus précisément sur le Texas. Bon débarras. On en fait un rond-point grand comme le Texas et Jeff Koons le surmontera d'un Stetson géant sculpté en pâte dentifrice rose.
Périodiquement, "on" (les scientifiques, les médias, particulièrement en période de "nuit des étoiles filantes"…) nous ressort le danger d'une catastrophe cosmique : un astéroïde errant qui percute notre bonne vieille Terre. Y'en a un qui est passé "pas loin" le 29 janvier 2008 et un autre qui a failli emboutir Mars (on s'en fout) le 30 (janvier 08, toujours, sauf erreur).
C'est rassurant.
C'est rassurant parce que c'est "venu d'ailleurs", imparable, malgré quelques fantasmes cinématographiques armaggedoins, et parce que c'est un mal dont nous ne sommes pas responsables.
Un Destin Inéluctable.
Ce qu'on aime bien, là-dedans, aussi, c'est que c'est spectaculaire – enfin, ça promet d'être spectaculaire (parce qu'on est toujours dans l'éventuel, dans un avenir virtuel, qui peut se réaliser ou non, auquel on peut croire ou non.) Et puis ça promet d'être rapide, brutal, le lendemain on est tous morts et voilà. Du moins, c'est l'image qu'on s'en fait. En réalité, si ça arrive, on aura à l'avance des prévisions par les scientifiques, la NASA, etc : les calculs d'orbites, les trajectoires de collision, on sait très bien faire ça. Des mois et des années à l'avance, on le verra venir, ce fucking astéroïde, on connaîtra notre Destin Inéluctable. Du coup on aura le temps de :
- Philosopher. Souffrir d'angoisse. Méditer sur notre sort, la brièveté de la vie et on est bien peu de choses… Se résigner ;
- Ou espérer. Espérer n'importe quoi qui détourne le mal, une erreur de calcul des astronomes, un accident de parcours de ce fucking astéroïde qui dévierait sa course, un résultat probant de nos prières à Dieu-le-Père, un miracle ;
- On aurait même le temps de tenter des trucs dignes de notre syndrome de toute puissance : « On va l'arrêter, ce fucking astéroïde ! » Et les teknos de nous ressortir les bons vieux scénars hollywoodiens, avec ou sans brucewillis ;
- Et on aurait peut-être le temps de se préparer au futur, au cas ou la vie ne disparaîtrait pas entièrement de la planète : établir des "capsules temporelles" enterrées dans des grottes ou sous des pyramides (les deux ayant des connotations symboliques intéressantes) et contenant des éléments indispensable à la survie de nos descendants ou successeurs, tel que la recette secrète du cocacola, une boule à neige avec la toureiffel ou un i-pod…
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(à suivre)

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PS. Quelques mots encore à propos de Greta Thunberg.
Selon le principe médiatique qui veut que les mauvaises nouvelles, les fakes et les dénonciations aigres, ou ce qui fait déjà polémique, aient toujours plus de succès que les bonnes nouvelles ou actions et paroles honnêtes et rationnelles, il se fait que la page de Reporterre qui dénonce les manipulations derrière Greta Thunberg est beaucoup plus retransmise que celle, chez Reporterre aussi (je le souligne), où la jeune fille répond à ses détracteurs (diesel). Qu'est-ce donc qui fait jouir, là ? Et qui ? C'est curieux, mais je préfère lire sa parole à elle, comme celle de quelques autres personnes décidées à sauver le monde malgré lui.
Penser et/ou écrire, c'est choisir son camp. A-t-on assez fouillé les poubelles de Nicolas Hulot pour savoir de quel shampoing il se sert ? Quant aux homards de Rugy, Monsieur Edwy Pleynel, si vous voulez abattre un ministre (qui, en l'occurrence, le méritait bien, comme la plupart de ses prédécesseurs au ministère de – sic –la transition écologique), attaquez-vous à ses actes et absences d'actes ministériels plutôt qu'à son régime alimentaire. (Mais ça aussi, ça vous-nous fait jouir. Ou au moins, ça nous amuse.)
Dans le dernier Charlie Hebdo, Fabrice Nicolino apporte de l'eau à mon moulin, conspuant les puants qui conspuent Greta Thunberg mais restant prudent à propos d'Isabelle Attard qui signait l'article de Reporterre dénonçant les manipulation dont la gamine ferait l'objet. « J'essayerai de répondre sur le fond du propos d'Attard après l'été, mais je tiens à dire une chose : vive Greta Thunberg ! Elle a vraiment aidé des millions de jeunes dans le monde à mener enfin la mère des batailles, cette crise climatique si écrasante. Tout le reste est secondaire ? Oui, tout le reste est secondaire. »
Ce qui n'empêche pas Charlie Hebdo de rigoler : « Vous pouvez désormais renvoyer gratuitement vos bâtons de sucettes pour éviter de polluer. L'adresse : Greta Thunberg, Suède. »