lundi 5 août 2019

ASTÉROÏDES ET PÉRILS / 2


Tout ça pour dire que cette éventualité toute éventuelle et science-fictieuse moyennement crédible d'une chute d'astéroïde grand comme le Texas n'est pas si loin de la réalité à laquelle nous sommes confrontés. Je parle de la surchauffe climatique planétaire. Car après tout, la fucking catastrophe en cours, nous avons le temps de la voir venir des mois et des années à l'avance, et donc le temps de :
- Méditer sur notre sort, la brièveté de la vie et des civilisations et on est bien peu de choses et la nature reprend ses droits ;
- Espérer n'importe quoi qui détourne le mal, une erreur de calcul des climatologues du GIEC, un résultat probant de nos prières à Dieu-le-Père, un miracle ;
- Tenter des trucs dignes de notre syndrome de toute puissance : « On va l'arrêter, cette fucking surchauffe ! » Et les teknos de nous ressortir les bons vieux scénars hollywoodiens à base de miroirs orbitaux et autres ensemencements de la stratosphère avec du soufre, sans omettre une Californie entièrement recouverte de panneaux photovoltaïques (ininflammables si possible), le schwartzenegger est passé par là, prenant le relais du brucewillis ;
- Et donc encore peut-être aurait-on le temps de se préparer au futur, au cas où la vie ne disparaîtrait pas entièrement de la planète, ou pas trop vite, en l'occurrence apprendre à s'adapter aux nouvelles conditions de vie, par exemple en déménageant les villes côtières à l'intérieur des terres, plus en altitude, plus au nord…
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Il y aurait pourtant une grosse différence entre ces deux éventualités de catastrophes, l'astéroïde ou la surchauffe. Outre la différence esthétique (la collision spatiale, sur fond de "Prélude et mort d'Isolde" de Wagner, ça a quand même plus de gueule que six degrés de plus sur le thermomètre de la cuisine), il y aurait une différence morale, ou éthique, ou métaphysique. (À moins que ce soit seulement psychologique, mais finalement ça revient au même.)
Le méchant astéroïde, on n'y est pour rien, alors que la surchauffe, NOUS en sommes responsables, au moins partiellement, il n'y a plus vraiment de doute là-dessus.
D'où CULPABILITÉ.
Et je ne suis pas sûr que la culpabilité soit un bon moteur d'action salutaire…
Mais, si on y réfléchit bien, il y a peut-être moyen de se débrouiller avec ça dans sa tête. Après tout, cette catastrophe, en cours, disais-je,  elle est en marche depuis longtemps, la République en marche n'y est pour rien, elle s'est enclenchée il y a des siècles. Disons deux siècles, mais il y a eu des prémices (ou des prémisses, je sais jamais). Et donc NOUS n'y sommes pour rien. (Par NOUS en majuscules, j'entends les NOUS de ici et maintenant, vous et moi – en Anglais "US", ce qui ne gâte rien). NOUS ne faisons que prolonger l'œuvre (douteuse) de nos prédécesseurs, philosophes "positivistes" du XVIIIe siècle, dit "des Lumières", industrieux industriels capitalistes du XIXe, inventeurs fascisants du travail à la chaîne et autres teknos du XXe siècle, obsédés par un rêve de maîtrise. L'origine du mal qui nous frappe est dans le passé, et, comme chacun sait, le passé est inamovible, inaltérable, incorrigible, si bien que les conséquences des actes passés deviennent un Destin (inéluctable ? faut voir). Alors s'il vous plait, Greta Pocalypse, faut pas NOUS mettre "tout ça" sur le dos ! NOUS de maintenant n'avons fait que suivre le mouvement, conditionnés que nous sommes, programmés par notre passé, coincés dedans, emportés par la force d'inertie et d'ineptie du système, sans avoir notre mot à dire, enfants lancés dans le monde par des enfants irresponsables. (Ouf : voilà quelques phrases qui abaissent le taux de culpabilité !)
Pourtant, un autre élément de CULPABILITÉ possible entre en jeu : le fait que NOUS jouissions de la situation. Non que NOUS jouissions de la catastrophe en cours ou de l'éventualité de la catastrophe finale (encore que…). Mais le fait que NOUS jouissions de nos gadgets énergivores, de nos automobiles polluteks, de nos jouets électroniks, de notre liberté de mouvement planétaire (voyage-voyage…), de nos médicaments miracles, de l'augmentation de notre durée de vie, etc. Et que NOUS n'arrêtions pas d'en jouir, quelque soit notre bonne volonté.
Cette jouissance est-elle coupable ? Pour la morale judéo-chrétienne, la jouissance en soi est un péché face à Dieu, c'est-à-dire "dans l'absolu". Mais je veux croire que nous n'en sommes plus là.
Par contre, "dans le relatif", c'est-à-dire "par rapport à d'autres", n'y a-t-il pas faute ? Car NOUS sommes finalement peu nombreux, au monde, à jouir de cette civilisation scientifico-tekno-industrio-commerciale (STIC pour les intimes) dont les conséquences néfastes touchent le monde entier. Si NOUS (d'ici/maintenant) n'y sommes pour rien, comme dit plus haut, EUX, "les autres" (= les pauvres), y sont encore moins pour quelque chose. Là, oui, il y a un point qui nous gène aux entournures, car c'est un point de comparaison. Nous jouissons de notre civilisation STIC, non seulement en abandonnant "les autres", en les excluant, en les privant, mais en plus nous en profitons sur leur dos. Car notre vie jouissive n'existerait pas sans l'exploitation des autres, dits autrefois pays sous-développés (PSD) et maintenant PVD, pays en voie de développement. (Ce qui n'est pas malin : NOUS semblons pressés que "les autres" nous emboîtent le pas dans notre grande mission de développement-destruction-sciage de la branche sur laquelle on est assis. D'ailleurs les autres, les pauvres en général, s'ils sont des écologistes, c'est malgré eux. Ils voudraient bien, faim et mimétisme aidant, manger de la viande tous les jours, prendre l'avion, rouler en 4x4 et donc participer activement à la catastrophe dont ils sont les premières victimes. Que ça vaille le coup, quoi !, de souffrir de la surchauffe non comme une simple victime mais comme un co-responsable, histoire d'avoir en plus le plaisir de la culpabilité.)
(à suivre)

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