samedi 17 août 2019

L'EFFET REBOND


Pour comprendre pourquoi, paradoxalement, les améliorations de l'efficacité énergétique (véhicules, chauffages, clim, etc.) n'ont rien changé et ne changeront rien à la surchauffe globale, pourquoi les efforts (réels) de réduction des émissions de gaz à effet de serre se sont montrés vains, il faut se pencher sur "l'effet rebond".
En bref, au lieu de limiter la demande en énergie, les améliorations de l'efficacité énergétique conduisent à des niveaux de plus en plus élevés de consommation d'énergie. 
« Des coûts de l'énergie plus élevés, à cause des taxes ou des pénuries induites par les producteurs, ont pour effet initialement de réduire la demande, mais à plus long terme cela encourage la recherche d'une meilleure efficacité énergétique. Cette réponse en efficacité compense partiellement l'augmentation des prix et donc la réduction de la demande est affaiblie. Le résultat est un nouvel équilibre entre l'offre et la demande à un niveau plus élevé de l'approvisionnement et de la consommation que s'il n'y avait pas eu de réponse en efficacité. »
Premièrement, une meilleure efficacité rend l'utilisation de l'énergie relativement meilleure marché.
Deuxièmement, une meilleure efficacité induit une augmentation de la croissance.
Troisièmement, une meilleure efficacité encourage et donc multiplie l'utilisation de toutes les technologies, produits et services qui jusque là était limitée. La mise à disposition de voitures utilisant moins de carburant entraîne une augmentation du nombre de voitures, des trajets et des activités liées aux voyages, ce qui minimise ou annule l'amélioration de l'efficacité énergétique. Il semble que ceci n'ait pas été pris en compte dans la discussion générale sur le développement durable et les stratégies de lutte contre le réchauffement climatique. 
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En fait, ça se passe comme quand il y a baisse du prix à la pompe, si c'est moins cher, on fait moins attention, on roule plus et donc l'économie prévue se retrouve annulée.
Et puis bien se dire que quand le carburant est moins cher, il ne produit pas moins de CO2.
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« On a besoin d'un peu d'espoir tout de même sinon autant s'immoler par le feu tout de suite pendant que l'essence est encore abordable ! » (Brève de courriel)
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Les compagnies d'aviation travaillent à alléger les avions au maximum pour économiser le kérosène : repas plus légers, chiottes à sciure, hôtesses en string, suppression des sièges au bénéfice d'un tas de bottes de paille, genre wagon à bestiaux… Réduire la vitesse, aussi, fait faire des économies…
Demain, des avions en papier volant à 30 à l'heure.
Très bien. La décroissance est en marche à la vitesse d'une huître au galop.
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Quand l'avion fait des morts, la voiture aussi.
Dans les deux années qui ont suivi les attentats du 11 septembre, 2302 personnes supplémentaires sont mortes dans des accidents de la route aux USA. Pourquoi ? Parce que les Américains avaient peur de prendre l'avion et donc prenaient davantage la voiture. (La Recherche N°425. Déc 08). Comme quoi l'avion peut tuer, même quand on ne le prend pas. Et comme quoi les attentats du 11 septembre ont fait 2302 morts de plus.
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La nouvelle future écotaxe sur les vols aériens intérieurs comme extérieurs sera inefficace parce que les Riches s'en foutent : 15 ou 25 euros de plus par vol, so what ? Ça n'embêtera que ceux pour qui l'avion est déjà cher et sera donc trop cher. (Les prochains gilets jaunes ?) Reste à savoir si l'argent récolté par l'État grâce à cette taxe sera bien utilisé ? (Planter des arbres…) Une vraie solution serait l'interdiction pure et simple des avions dans le monde entier.
Vous avez dit "l'interdiction pure et simple" ?! Vous rêvez ! Comme on n'aime vraiment pas les interdictions, il faudra s'en remettre à la conjoncture, au destin : la fin des réserves pétrolières.
Quand ça viendra, il sera trop tard. (Et on s'étonnera, et on pleurera, « È tardi ! », comme chante la Traviata…)
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— Chéri ! Est-ce que le drone d'Amazon a livré le pain ?


3 commentaires:

  1. Superbe (comme d'habitude quoi...)
    L'analyse
    L'idée d'hôtesses et des stewards (yapad'rézon !) en string
    L'illustration qui me fait irrémédiablement penser à ton travail sur Brunner (qui t'a fait rentrer dans le panthéon des illustrateurs de légende)

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  2. Analyse très intéressante qui met en avant le fait que seule la "décroissance", la mouvance "slow", pourra nous sortir de l'impasse.
    Ce paradoxe fait écho à celui de Braess, ainsi qu'à toutes les études menées au sujet de la mobilité : ajouter des routes dans un réseau routier en diminue finalement la performance globale. Tout comme le fait d'agrandir un axe routier ne va pas empêcher qu'il soit saturé, car le trafic augmentera.
    Malheureusement, j'ai l'impression que dans tous les domaines nous glissons inexorablement vers le "toujours plus", l'imaginaire du peuple gardé en éveil par les promesses des GAFAs et autres lobbies, à grand renfort de matraquage marketing.

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    1. Merci. J'avais aussi dans un coin de la tête un article à propos de la circulation (à Londres, je crois) disant comment l'ouverture de nouvelles voies d'accès serait vite dépassée par les banlieusards qui se diraient "chouette! plus besoin de s'embêter avec les transports en commun"…

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