dimanche 11 août 2019

PENDANT NOUS LE DÉLUGE


— Révisons nos clichés. Jetons le bébé, gardons l'eau du bain. Dans les années qui viennent, une baignoire d'eau sera bien plus précieuse qu'une vie humaine.
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Notre société capitalo-industrielle défend une croissance infinie dans un monde fini – dire ça est devenu un cliché bien-pensant mais il faut le dire quand même.
Les Décroisseurs disent que si tout le monde sur Terre aujourd’hui consommait comme les Français, il faudrait trois planètes pour répondre à nos besoins en énergie et en alimentation...
La solution est simple : retrouver une empreinte écologique inférieure ou égale à une planète. Il suffit pour cela de revenir à la consommation des années 60, c'est-à-dire la réduire des deux tiers. (Thèse que défend Serge Latouche.)
… Mais réduire la population mondiale des deux tiers en gardant notre consommation, ça serait pas plus simple ?
— C'est horrible ce que tu dis. Ou au moins cynique.
— Avons-nous le choix ?
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Quand je joue au jeu de la prospective, j'en viens forcément à penser que le mal, le seul le vrai, celui dont dépendent tous les autres, c'est la surpopulation. Le monde supporte déjà mal 7 milliards d'habitants, alors 8, 9, 10…? Alors qu'il supportait assez bien un gros milliard, il n'y a pas plus de 100 ans. Donc, je deviens malthusien. Ou ehrlichien ("La Bombe P", 1968). C'est très vilain. Partant, je suis contre tous les agents de santé complices de la surpopulation : les vaccins qui "sauvent des vies", les antibiotiques qui –, les pompiers et les médecins qui –… Contre toutes les mesures de sécurité et de prévention qui –.
Tout cet acharnement thérapeutique qui veut que toute vie humaine soit sacrée et donc bonne à sauver sur tous les tons.
Je suis aussi pour les séismes, les tsunamis, les épidémies, les pandémies, les guerres, les attentats, les accidents de la route, les tueurs de masse en série. Pour les araignées irradiées qui nous transforment en Spiderman et les pesticides et phtalates qui nous perturbent grave les endocrines. Les dits perturbateurs endocriniens tendent à stériliser l'humanité, donc ce sont nos amis. Prochainement, il faudra interdire la bouffe bio et toutes les pratiques de ce genre qui préservent la santé et ses environs, interdire tout produit ne contenant pas de phtalates, de pesticides, de glyphosate. L'avenir démo-décroissant en dépend.
Je suis bien sûr pour la vie monacale, la branlette, l'abstinence sexuelle, l'homosexualité, la pilule, le stérilet, la capote, l'avortement par tous les temps, la stérilisation volontaire ou imposée après la première parturition.
Finalement le seul salut de l'humanité que je puisse imaginer passe par une politique malthusienne drastique : l'enfant unique pour tout le monde – dans le monde entier. Sachant, sans illusions, que cette politique ne sera pas acceptée par les populations (nous-vous-ils) par l'opération de la seule bonne volonté de chacun-chacune, elle ne pourra être qu'imposée et passera donc par une dictature sans pitié.
Bien sûr, on peut aussi, parce qu'on est tellement individualiste et trop amoureux de la liberté individuelle, préférer l'autodestruction de l'espèce humaine dans un chaos de vers de farine étouffés par leur propre obésité et leurs propres cacas, en espérant qu'il restera après nous quelques bactéries pour continuer "la grande aventure de la vie", comme on dit dans Science & Vie Junior. (Et on sait même pas s'il y a des extra-terrestres quelque part…)
En résumé, quand on joue au jeu de la prospective et qu'on est animé quand même par la volonté de sauver l'espèce humaine et le vivant en général, on en vient forcément à prévoir et même promouvoir un futur totalitaire. Ça fait chier.
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 « La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite. » (Hans JONAS, Le Principe responsabilité (1979), Flammarion, 1995, p. 233.)
Ce qui est inquiétant c'est que ces prophéties de malheur n'ont pas l'air d'engendrer tellement de peur qu'on le dit. Il n'y a pas de grandes paniques, de grands défilés, de suicides collectifs : on s'en fout !
Apparemment.
Et puis des projets de géo-ingénierie consistant à trafiquer l'atmosphère en balançant par avion des tonnes de dioxyde de soufre dans la stratosphère pour qu'elle soit plus réfléchissante. Là, on a vraiment peur ! Qu'est-ce que vous préférez, le réchauffement ou les pluies acides ?
(De toute façon, tout le monde, sur cette planète, à l'heure qu'il est, devrait hurler de peur. Si on ne le fait pas, c'est qu'on a sa fierté.)
« Le monde est devenu rouge pendant que je dormais. » (Joseph Green, Patrice Milton, "Voir les étoiles aveuglantes", in Fiction N°281, 1977)
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