mercredi 14 août 2019

Un brouillon de légumes


« Ce mal qui répand la terreur,
l'humanité, puisqu'il faut l'appeler par son nom,
faisait aux animaux la guerre… »
(Les fables du fabuliste)

Quand les végans et véganes se sont installés un peu partout, on ne s'est pas méfié de ces aimables bobos bouffeurs de salade qui n'auraient pas fait de mal à une moule. On rigolait : ils débarquent de Véga ! Des aliens !
Ils portent des costumes en lin, des chaussettes en bambou, des ceintures en peaux de banane, des slips en épluchures d'aubergines… Ils se tatouent "vegan friendly" avec des encres au radis noir (Mais… c'est végane, le tatouage ?! C'est quand même sur de la peau d'animal humain !)
Les véganes femelles portent des robes en petits pois, des chapeaux en fanes de radis, des escarpins en pignons de pin, des culottes en feuille de vigne, des soutif en cosses de noix de coco… Leurs bébés tètent des carottes (bio).
Ils sont partout, on est cernés. Ils nous forcent à manger des salsifis et des brocolis. La vache folle, c'est eux qui l'ont fait exprès pour qu'on mange des rutabagas. Plus personne n'achète de viande, on a peur… et pourtant, quand on se voit en maillot, on n'est pas fait en légumes, nous.
Leur lobby produit de terribles docus-télé. Des "Envoyé spécial-L214" sur les abattoirs d'œufs durs, à grand renfort de sans-papiers asservis. On n'ose plus manger d'autruche. Les docus sur les ours blancs qui fondent, ça va, il y a déjà longtemps qu'on n'en mange plus. Mais est-ce que voir "La Marche de l'empereur" ne va pas nous donner envie de manger du manchot ?
— Ils aiment pas les animaux, ou quoi ?
— Le végan, tu lui montres un boucher, ou un steak tartare, il vomit. Direct.
— Merde ! Mais il vomit QUOI ?
On proteste. On peut admettre aisément que l'andouillette soit un crime contre l'humanité, mais qu'est-ce qui est le pire, qu'est-ce qui est le plus dangereux pour la Terre – et donc pour nous tous ? Un steak de bœuf contaminé ou un steak de soja OGM ? Un sac à main taillé dans la peau d'une vache folle ou dans un baril de pétrole ? La corrida ou le RedBull ? Un antispéciste ou un chasseur ? Les bottes en peau d'élan ou celles en plastique recyclé ? Un blouson en mouton retourné ou en mylar doublé teflon ? Des bas de soie ou de nylon ?
Finalement, on s'est posé la question : le végan est-il comestible ? (On avait déjà bouffé les derniers amish depuis longtemps). On a répondu "oui" et ils sont devenus eux-mêmes une source d'aliments pour nous. Manger un végan ce n'est pas de l'anthropophagie, c'est même à peine du carnivorisme : ça a goût de soupe de légume. (C'est pas une excuse, mais eux-mêmes mangeaient parfois des plantes carnivores.)
On est restés quand même locavores : on a bouffé d'abord nos végans locaux et de saison.



Aucun commentaire:

Publier un commentaire