lundi 30 septembre 2019

DROIT À LA SURVIE


Il n'y a pas de pays sous-développés. Par contre il y a des pays sur-développés, oui.
Pour ma part et quitte à passer pour un affreux, j'en ai un peu marre du discours « Mais les pays sous-développés (dits maintenant émergents et bientôt immergés) ils ont bien le droit de se développer. C'est bien leur tour. Nous, on a profité largement de la croissance, de la technologie, de l'abondance, c'est bien leur tour. »
En effet, nous, occidentaux surdéveloppés du Nord du monde, pays producteurs de cholestérol, on en a fait le tour, de cette abondance, d'accord, et on est devenus suffisamment conscients et évolués pour dépasser ce stade, pour savoir qu'il faut réduire nos émissions, filtrer nos fumées, économiser l'énergie, nettoyer nos rivières, consommer moins de tout, voire même décroître – et même décroître démographiquement. Nous on peut renoncer à l'abondance industrialo-commerciale, puisqu'on en a bien profité. (Enfin… je dis nous, je dis onune partie d'entre nous.) Mais eux ? Les Brésiliens ? Les Chinois ? Les Indiens ? Les Africains ?  Ils ont bien le droit d'en profiter à leur tour… De quel droit, au nom de quoi pourrait-on, nous, leur reprocher de vouloir améliorer leurs conditions de vie, comme on dit, au nom de quoi pourrait-on leur interdire de se développer à leur tour ? Et accessoirement de faire des enfants treize à la douzaine ?
-— Eh bien, au nom de la survie de l'espèce, tout simplement, c'est pas suffisant ? Et ça, c'est pour tout le monde.
Il y a aussi, dans notre sous-conscient collectif, que nous, occidentaux de la société STIC (Science, Technique, Industrie, Commerce) nous nous savons coupables, certes, mais on ne veut pas être les seuls coupables. Perdus pour perdus, on veut que tout le monde s'y mette, que tout le monde se développe, et donc que tout le monde soit coupable – pas seulement nous ! (Et ainsi sans doute espérons-nous nous déculpabiliser.)
Pourtant, c'est con, mais la preuve est faite avec la Chine, l'Inde, le Brésil, que l'accélération de la catastrophe écologique dans ces 20 dernières années est clairement liée à l'émergence de ces pays (qui d'ailleurs travaillent pour nous). Alors oui, il faut que le Nord (nous), arrête de se développer, se mette à stagner activement, mais devrait-on laisser "les autres" prendre le relais de notre connerie productiviste-consommatrice ? Pour la justice…? Pour nous déculpabiliser…?
Mais ce n'est pas une question de justice, de droit, de morale (ni de l'humour noir), c'est une question de survie de l'espèce – qui n'en a rien à faire du droit, de la justice et de la morale (et qui n'a pas d'humour).
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Ou bien tous les pays ci-devant sous-développés parviendront au niveau des pays occidentaux et on va à la catastrophe écologique généralisée à vitesse grand V, avec extinction des espaces et des espèces – dont la nôtre… ou bien on fera tout pour les en empêcher, les autres, et on aura droit à des réactions violentes de leur part. En bref, ils voudront nous bouffer. Il faudra les tuer (on s'y emploie déjà, de différentes manières).
Entre catastrophe écologique et désastre géopolitique (= guerres, massacres, millions de réfugiés, épidémies…), pourra-t-on choisir ?
Vraisemblablement, on aura les deux.
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Droit d'ingestion.
On a apporté en Afrique les antibiotiques et les vaccins (et Jésus et Mahomet). Mais pas la pilule ou la capote. Conséquences : surpopulation et sida. Du coup, il faut leur expédier de la bouffe, encore plus de vaccins, d'antibiotiques et de médocs, des capotes (mais c'est un peu tard) et remettre dans les bateaux (voire rejeter à la mer) tous ceux qui cherchent à débarquer dans "l'eldorado (de la méduse) européen", où, comme chacun sait, personne ne manque de quoi que ce soit.
On peut aussi leur vendre des armes.
Par contre, cela débouche sur l'actualité brûlante du "droit d'ingérence écologique" : la forêt amazonienne appartient-elle à Bolsonaro (au Brésil) ou à l'humanité entière (à la biosphère entière, même…) ?
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 Paru dans Psikopat et dans "La fin du monde ne passera pas" (Caza-eBook)

samedi 21 septembre 2019

SÉLÉNITES (une petite nouvelle)


« C'est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes », se disait Zarfltz le jardinier.
Il se disait aussi « C'est beau un jardin qui rêve sous la clarté des étoiles ». Il faut dire que ce jardin se situait sur la face cachée de la Lune et que donc il ne pouvait pas dire « sous la clarté de la Terre », pas plus que « sous la clarté de la Lune ».
Mais tout ça, c'était avant que Xrolz ne flouxe contre un de ses salsifis arborescents. Précisons tout de suite que Zarfltz comme Xrolz étaient des sélénites moyens, voisins sur une Lune qui, en ce temps-là, n'avait pas encore reçu la visite des astronautes américains, cosmonautes russe et cuisiniers chinois. Et en ce temps-la, sur la Lune, les jardins ne pensaient pas, pas plus aux hommes qu'à quoi que ce soit d'autre… ils rêvaient.
Mais, donc, le jardinier Zarfltz n'était pas content, il était même très colère depuis que son voisin Xrolz avait flouxé sur un de ses salsifis arborescents.
Les Sélénites présentaient l'aspect de nains de jardin, avec sabots et bonnets rouges mais en plus grands que ceux que nous connaissons sur Terre, la faible pesanteur lunaire favorisant la pousse verticale. Des nains de jardin géants, donc, ou arborescents. Leur chair blafarde évoquait le plâtre ou la pierre ponce ou un fromage blanc sec. C'était laid, malgré leurs nez comme des andouillettes, mais ils s'efforçaient de faire bonne figure : par exemple Xrolz portait une moustache et Zarfltz une barbe et ce bien qu'ils fussent l'un comme l'autre de sexe roturin (l'un des 265 sexes de l'espèce). Ils étaient peu musclés mais la faible pesanteur, encore elle, leur permettait des sauts de plusieurs fois leur taille. L'atmosphère lunaire étant essentiellement composée d'hélium 3, ça facilitait les choses.
Bref, vengeance ! Armé de son grateau, Zarfltz sauta la haie de saules baveurs séparant son jardin de celui de Xrolz, atterrit sur ses deux sabots et flouxa incontinent sur une rangée de tomates rampantes carnivores. Mais Xrolz l'avait perniflé à travers les murs d'adobe de sa cabane et était sorti en coup de vent solaire, armé jusqu'aux yeux d'une flogile acérée. L'affrontement était imminent entre les deux voisins jardiniers qui se détestaient depuis des éons carbonifères.
Le jardin, les deux jardins voisins, même, qui ne pensaient pas encore aux hommes, se mirent à penser aux sélénites – bien forcé, quand on est attaqué. Dans l'exaltation de la lutte, le flouxe se répandait partout, savonnant les varicots, bourjouflant des rendives, sclérosant en plaque les chitrouilles. Ce luxueux chaos dura plusieurs nuits sans Terre tandis que des nuages fluorescents d'hélium 3 balayaient le ciel en chantant des cantiques à la gloire du Grand Anouilh.
Et voilà qu'au beau milieu de l'affrontement, une navette nommée Chang’e-4, en provenance de la Terre se posa à proximité. Ceux qui en descendirent, des Chinois affamés, prétendaient notamment mener des études portant sur les basses fréquences radio et les ressources en minéraux, ainsi que des expériences botaniques : plus particulièrement faire pousser des tomates. Mais c'était une ruse : ce qui les motivait vraiment était l'exploitation de l'hélium 3, ce gaz incorporé au régolite de la surface lunaire, non comestible, certes, mais source d'énergie potentiellement infinie dont la Terre avait bien besoin en ce XXIe siècle au bord de l'épuisement.
Ce fut la fin de l'affrontement et la fin du rêve des jardins sélénites.
Bientôt suivirent les bulldozers, les pelles mécanique et les trieuses de régolite.
Cependant, Zarfltz et Xrolz, fortune faite suite à la vente des droits d'exploitation de leur sous-sol, partirent main dans la main (pseudopode dans le pseudopode) et obtinrent des Chinois un passage gratuit vers la Terre par la première navette retour. Ils s'installèrent en Papouasie et se firent engager comme cueilleurs d'huile de palme. « Économie d'échelle » (vue leur taille), se dit le cynique exploitant nutellaire, un vieux Chinois visiblement proche de l'agonie graisseuse.
« C'est triste un homme qui ne pense plus aux jardins », dit le jardinier Zarfltz à Xrolz son voisin de cueillette, qui approuva. D'un commun accord, ils fluxèrent sur l'exploitant.
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PS 1. Cette nouvelle répondait à un appel à texte en provenance de l'association Livres en Pâture liée à la fête du livre d'Anost (Saône-et-Loire)
https://www.facebook.com/fetedulivreanost/
L'AT proposait comme contrainte que la nouvelle commençât par la phrase de Jean Anouilh : « C'est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes ».
Le jury m'a décerné un "prix de l'originalité". C'est donc une nouvelle inédite mais primée. Bon.
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PS 2. Contrairement à ce qui est affirmé plus haut, déjà au XVIe siècle, un certain Wang Hu assis sur un fauteuil en osier propulsé par une quarantaine de feux d'artifice aurait atteint la face cachée de la Lune. D'ailleurs, un cratère y porte son nom. Les Chinois, décidément, ce n'est pas en vain qu'ils ont inventé la poudre.
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jeudi 12 septembre 2019

ANTHROPOCÈNE vs CAPITALOCÈNE


Un certain Jason W. Moore* (que je n'ai pas lu) préfère parler de Capitalocène plutôt que d'Anthropocène, arguant que la merde où on est, c'est pas la faute de "l'Homme" (la faute de l'humanité tout entière, Nous, Anthropos), c'est la faute au "Capitalisme", opposant ainsi deux abstractions, deux concepts : l'Homme et le Capitalisme. Mais l'Homme, c'est tous les humains, l'humanité entière, sept milliards de bonshommes, et le Capitalisme c'est un système, une structuration, un réseau social, un régime économique… Dans le terme, c'est une abstraction ou une théorisation, mais dans les faits ce n'est pas une Idée abstraite tombée du ciel ou déboulant d'une autre planète. Ce n'est pas non plus le complot fomenté par deux ou trois méchants exploiteurs. C'est bel et bien l'émanation de "l'Homme", depuis le premier primate qui a filé une banane à son voisin en exigeant qu'il lui en rende deux. Ou le premier qui a dressé une barrière autour d'un bout de terrain en disant : ici, c'est à moi. Et donc, depuis, la structure de la vie quotidienne de quiconque a une habitation, vend ou achète des biens et des services, consomme et fait consommer les autres, a un compte en banque (s'il ne spécule pas lui-même, son banquier s'en charge en douce), roule en voiture ou en trottinette électrique, lit des journaux et des livres, téléphone, fréquente des bars ou des concerts, fait le touriste, surfe sur le net…
Quand on parle d'effondrement (qui nous pend au nez), il ne s'agit pas de "fin du monde", mais d'effondrement de notre société, c'est-à-dire du "capitalisme", si vous voulez, ou de la "société de consommation", ou de la société industrielle et commerçante. Ça sera la fin d'UN monde, seulement, mais pour autant ça sera pas cool. On ne claque pas des doigts en disant "supprimons le capitalisme, punissons tous les méchants capitalistes, et tout ira bien". On ne décide pas l'arrêt du système dont on fait partie. Quand "le capitalisme" s'effondrera (pour le moment, ça cracouille de partout), il entraînera toute l'humanité avec lui.  L'Homme, Anthropos, Nous, On.
On n'aura plus d'avions, ni de trains, ni de voitures, ni de paquebots de croisière, ni de porte-conteneurs, plus de livraisons de denrées diverses au supermarché, ni à l'épicerie du coin, plus de supermarché ni d'épicerie. Plus d'adduction d'eau, plus de fourniture d'électricité, télé, téléphone, internet, plus de médicaments…
— OK, la grande panne, quoi… et pour combien de temps ? deux jours, trois jours ?
— Mais non ! Deux ans, trois ans, trente ans, cent ans ! Tout le temps ! Toujours !
— Mais… les services publics sont là pour prendre le relais, non ?!
— Les services publics, quand ils n'ont pas été bradés au privé (= au capitalisme), dépendent du capitalisme : la Poste ou la SNCF dépendent des fournitures d'énergie, du téléphone et autres réseaux privés… Ne parlons pas des hôpitaux… L'État lui-même ne fonctionne qu'en empruntant sur "les Marchés" et nos impôts ne servent qu'à payer les intérêts de ses emprunts, pas à payer les sévices publics.
— Mais… On pourrait pas arrêter le capitalisme et garder les supermarchés ? Et l'internet ? Donc l'électricité, donc les centrales nucléaires et autres, donc tout nationaliser et faire tout gratuit.
— Le problème du gratuit c'est que pour que ça marche, il faut que TOUT soit gratuit. On ne peut pas être communiste tout seul dans son coin. Les médocs, par exemple : il faut que les médecins, pharmaciens et laborantins aient quand même les moyens de bouffer.
— Ben… Si le pain est gratuit ?
— Il faut que le boulanger puisse aussi avoir de l'électricité ou du bois pour son four, de la farine pour faire le pain, que le minotier puisse avoir du blé, que l'agriculteur ait des champs, tracteur, moissonneuse-batteuse, engrais… même si c'est du fumier, qui n'existe que s'il y a des troupeaux, donc des éleveurs à qui il faut… etc. etc. Et que tous ces gens là aient de quoi bouffer. Dans le terme "bouffer" (gratuit), j'inclus tous les besoins primaires : manger (et pas seulement du pain), boire, se vêtir, habiter. Tout ça gratuit, OK, super, pas de problème… juste une totale réorganisation de la société à l'échelle mondiale de 7 milliards d'habitants. Si en plus tu mets dans ces besoins la voiture et l'internet, on n'en sort plus.
Une société communiste au sens pur du terme, c'est-à-dire gratuite, est peut-être possible, oui, au sein d'une petite communauté, genre village autarcique de 150 habitants, mais pas avec 7 milliards d'habitants sur Terre, qui veulent tous "bouffer" et qui veulent aussi les cigarettes, la télé, la voiture, l'internet, le cannabis, les voyages. Tout ces besoins secondaires, plutôt désirs que besoins, ne sont réalisables que dans une société capitaliste – dite aussi libéralisme économique = commerce. Et donc celui-ci s'arrêtant, tout le reste suit : effondrement.
L'effondrement, c'est pillages, émeutes, batailles rangées, épidémies, famines, guerres, accidents industriels (on n'arrête pas une usine sévéso ou une centrale nuke en abaissant un interrupteur). Etc. Autrement dit pas cool du tout. Pas de happy effondrement.
Tout ce qu'on peut en espérer, c'est une sorte de transition, mais dure, type Brexit sans accord, en pire, durant un certain nombre d'années (je ne me mouille pas plus) avec pour résultat une "table rase" ET une réduction drastique de la population mondiale (parce que  ça va faire des morts).
Après, peut-être, on pourra passer à autre chose.
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(C'est très volontairement que j'emploie un peu partout un ON indifférencié.)

(Pas encore lu)


dimanche 8 septembre 2019

COMBO DE PETITS COMMENTAIRES D'ACTUALITÉ


C'est dimanche et le temps est désespérément beau.
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COURSE À L'ÉCHALOTE
(Version courte)
Pour lutter contre la surchauffe planétaire, le remplacement des énergies fossiles émettrices par des énergies renouvelables non émettrices, n'est que courir après la demande d'énergie, elle-même liée à la surchauffe (la clim') et à la croissance démographique.
(Version un peu plus développée, parce que la concision, c'est bien, mais…)
Pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, donc contre la surchauffe planétaire, le remplacement des sources d'énergie fossile émettrices de gaz à effet de serre et par surcroît polluantes au sens poisons chimiques (charbon, pétrole, nucléaire) par des énergies renouvelables (en principe non émettrices et non polluantes), n'est que courir après la croissance de la demande générale d'énergie, elle-même liée à la surchauffe (la clim' pour tous) et à la croissance (inquiétante mais jamais discutée) de la population mondiale.
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C'est en marche. Le mal est fait. Il faut bien se mettre dans la tête qu'on ne rattrapera pas le mal qui est fait. Le mal passé a enclenché un mécanisme qui se nourrit de lui-même. Rétroaction positive. La fonte du permafrost en est un exemple typique. La surchauffe fait fondre le permafrost qui en fondant dégage du CO2 et du CH4, qui concourent à l'effet de serre, donc à la surchauffe. Spirale.
Toutes les idées de capture du CO2 dans des réservoirs ou dans des grottes sont de la foutaise. Quant à arrêter d'en produire… c'est l'effondrement de la civilisation industrielle commerciale – et nous (toi et moi) avec. Et même si on arrêtait, ça n'arrêterait pas ce qui est en marche en spirale…
Avions. Pourquoi voyage-t-on ? Parce qu'on PEUT voyager – financièrement et techniquement.
Vols "compensés carbone", foutaise. (Donner des sous à une ONG qui plante des arbres en Afrique – en y allant à pied sans doute et en creusant avec leurs mains tout en broutant le mil sur place ?) Les seuls vols "neutres en carbone" sont ceux qui n'ont pas lieu.
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Il est pour bientôt, le temps des chiens explosifs et des brebis en feu. (Les chiens explosifs sont dans Le Troupeau aveugle, je crois, (Non, dans La Fin du rêve, de Wylie, me corrige un commentateur) et les brebis en feu dans Le Livre de Mana de Ian Watson)
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Greta Thunberg, en fait d'être un "messie 2.0", est un sphinx avec le sourire de la Mona Lisa de Leonardo, dite aussi Joconde.
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L'incertitude du lendemain n'est supportable que pour les gens en liberté. Pour les condamnés à mort et les incurables, c'est différent – ou indifférent.
 « La maison de demain, les transports de demain, la médecine du futur »… c'est toujours en ces termes que les multiples médias nous parlent soit de gadgets miraculeux et insensés soit de travaux réels et réellement utiles comme l'isolation bien pensée.
Alors que ce qu'il nous faut d'autre, de neuf, de SF, c'est AUJOURD'HUI ! pas demain.
Faute de quoi la maison de demain ce sera une cabane en tôle et cartons, les transports ça sera le cheval, mais y en aura pas pour tout le monde, alors les pieds (sans chaussures) et la médecine le marabout rebouteux du coin.
« Les doigts étalés sur son pipa, cheng rêve. Je sais à quoi, je fais les mêmes rêves qu’elle. Nous espérons encore je ne sais quel miracle, que la couche d’ozone soit reprisée, que les nuages toxiques, grands comme des continents et fluctuants comme des Méduses, se résorbent tout seuls, que le tuf digère par magie toxines, acides et métaux lourds et se couvre à nouveau de Végétation, bref de pouvoir sortir et marcher tout droit vers l’horizon, parmi les hautes Herbes, comme dans les récits d’ainademar, jusqu’à la mer. » (Catherine Dufour, "Le Goût de l'immortalité", Mnémos)
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Plasticosceptique
— Le plastique en mer peut rester mille ans !
— Qu'est-ce qu'on en sait ? On a retrouvé du plastique mérovingien ?!
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Le Brexit qui prévoyait de filer à l'anglaise est en train de tourner au Brexcide.

vendredi 6 septembre 2019

TERRAINS DE FOOT (unité de surface utilisée pour mesurer les désastres)


Pendant que nous dormions, le monde est devenu rouge.
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— A chaque seconde, la forêt primaire perd la surface d'un terrain de football !
— Qu'est-ce qu'ils vont devenir, nos enfants ?
— Footballeurs.
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— Depuis le temps qu'on disait que la déforestation de l'Amazonie c'est la surface d'un stade de foot qui disparaît chaque seconde… on comprend seulement maintenant que c'était déjà un plan fomenté depuis des années par le Brésil en vue de la coupe du monde 2014.
— La forêt amazonienne massacrée, c'est la canne à sucre pour l'éthanol, le soja transgénique, les bœufs pour McDo…
— Mais il y a aussi la plage, Ipanema, Copacabana, les trottoirs mosaïques de Rio, la Bossa Nova, le cinéma Novo, le carnaval, la samba, les fesses des brésiliennes, Orfeu Negro, Chico Buarque, Joao et Astrud Gilberto…
— Les favelas, les inondations, la Cité de Dieu, les narcotrafiquants, les glissements de terrain…
— Ça, c'était pour les JO de 2016 : y a eu deux nouvelles disciplines : le surf sur coulée de boue et le tir aux narcos dans les favelas.
— … La guérilla des riches et des pauvres, une police de tueurs, les manifs et les émeutes pour l'emploi, pour le système de santé, pour le prix des transports en grève…
— Au moins, ils s'entraînent à courir entre les balles tout en priant le Jésus du Corcovado.
— Jésus, le string, les incendies en Amazonie et le foot, c'est tout le Brésil !
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— Jésus comme catharsis. Les télénovelas débilas comme catharsis, la musique comme catharsis, le carnaval comme catharsis, la drogue comme catharsis, le meurtre comme catharsis, le foot comme catharsis.
— Les incendies de forêt comme catharsis.
(Paru dans Psikopat 265, 2014, révisé 2019-09-03)
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Si encore ce n'était que pour les Indios de la forêt… Si encore ce n'était que pour les Brésiliens… ou leurs voisins, Bolivie, etc. … C'est le monde entier qui est mis en danger – dont toi et moi. Y a-t-il quelque part un décideur, un homme politique, qui pense "le monde entier" ?
Et si on brûlait Amazon, plutôt que l'Amazonie ?
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Quant à l'Espagne… «Une mer de plastique qui prolonge la Méditerranée et se répand dans toute la province d’Almeria… le potager de l’Europe. Quelque 33 000 hectares de terres sous bâches : l’équivalent de 47 134 terrains de football, trois fois la superficie de Paris consacré exclusivement à la culture intensive de fruits et légumes, été comme hiver. » (Le Monde)
Décidément le terrain de foot est bien l'unité de mesure des désastres. 


mardi 3 septembre 2019

André Gorz, père de l'écologie politique


Je n'ai jamais lu André Gorz, je crois, sinon quelques articles, sans doute, ou des articles à son propos.
Dans le Monde Diplo de ce septembre 2019, je lis un article qui revient sur quelques livres de André Gorz ou sur lui. Article intitulé "Dans la boîte à outils d'André Gorz" (et je me dis "Chic, des outils !")
Quelques extraits (je mélange les termes de l'auteur de l'article, ceux des commentateurs d'André Gorz qu'il cite et ceux d'André Gorz qu'il cite…)
« Il explique dans Penser l'avenir que la société de consommation engendre plus de besoins insatisfaits qu'elle n'en comble : « Nous vivons sous un régime où le but de toute activité est la création de choses échangeables et monnayables, et ce qui n'est pas monnayable n'a pas de statut dans l'économie capitaliste… » etc.
Je dis etc., parce que tout à coup je me sens pris d'allergie aux généralités abstraites, à la théorie et tout le théorisme.
« Société de consommation… création… choses… échangeables… monnayables…. statut… économie… capitalisme… Plus loin : Diktat du capitalisme… règne de la marchandise… protéger le temps libre et l'épanouissement au sein du vivant… équilibrer biosphère, écosystème et humanité… une pensée « de la liberté, de l'émancipation du sujet autonome et de la démocratie autogestionnaire »… Plus loin : écologisme… des fins sociales… marchandisation… monétarisation… utilitarisme… économisme… créer une société de sobriété extramarchande… utopie concrète… principes de l'écologie sociale… un nouvel horizon d'émancipation… l'écologie politique entre expertocratie et autolimitation…… » etc. encore !
Ce n'est pas que tout cela soit imbitable, c'est que ce n'est que du langage théorique, des principes, des concepts. Loin, très loin. Que du langage, même, des mots qui ne renvoient à rien de concret. Que peut faire de ça celui qui cultive des hectares de soja au glyphosate ou un potager de banlieue, le trader qui doute, celui qui achète sur Amazon, le gilet jaune du rond-point qui pleure la poste fermée, l'école fermée, la maternité à 50 km ? Que peut faire de ça l'urgentiste sursaturé ou le grand spécialiste et ses dépassements d'honoraires autorisés ? Et l'homme politique, du ministre au député et jusqu'au maire qui devient un héros (ou un paria) parce qu'il interdit le Round-up dans sa commune maintenant sans attendre une loi européenne. (Mettez au féminin tous ces termes autant que vous voulez.)
Je ne peux plus entendre "consommateur" ou "société de consommation", je ne peux plus entendre "capitalisme", je ne peux plus entendre "liberté, utopie, chose, économisme", ni "penseur ou père de l'écologisme politique"… Tout ça, cette manière de penser, est obsolète et a fait les preuves de son impuissance à changer le monde. (D'ailleurs je ne peux plus entendre non plus l'expression "changer le monde".)
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Peut-être que nous sommes embarqués dans une hallucination collective.
Plusieurs, même, combinées, enchâssées les unes dans les autres, toutes définies par des substantifs, des concepts, des idées platoniciennes.
Modernité, capitalisme, humanisme, démocratie, progrès… transhumanisme… tout ça qui a émergé de la matrice de Platon et de la bible.