lundi 30 septembre 2019

DROIT À LA SURVIE


Il n'y a pas de pays sous-développés. Par contre il y a des pays sur-développés, oui.
Pour ma part et quitte à passer pour un affreux, j'en ai un peu marre du discours « Mais les pays sous-développés (dits maintenant émergents et bientôt immergés) ils ont bien le droit de se développer. C'est bien leur tour. Nous, on a profité largement de la croissance, de la technologie, de l'abondance, c'est bien leur tour. »
En effet, nous, occidentaux surdéveloppés du Nord du monde, pays producteurs de cholestérol, on en a fait le tour, de cette abondance, d'accord, et on est devenus suffisamment conscients et évolués pour dépasser ce stade, pour savoir qu'il faut réduire nos émissions, filtrer nos fumées, économiser l'énergie, nettoyer nos rivières, consommer moins de tout, voire même décroître – et même décroître démographiquement. Nous on peut renoncer à l'abondance industrialo-commerciale, puisqu'on en a bien profité. (Enfin… je dis nous, je dis onune partie d'entre nous.) Mais eux ? Les Brésiliens ? Les Chinois ? Les Indiens ? Les Africains ?  Ils ont bien le droit d'en profiter à leur tour… De quel droit, au nom de quoi pourrait-on, nous, leur reprocher de vouloir améliorer leurs conditions de vie, comme on dit, au nom de quoi pourrait-on leur interdire de se développer à leur tour ? Et accessoirement de faire des enfants treize à la douzaine ?
-— Eh bien, au nom de la survie de l'espèce, tout simplement, c'est pas suffisant ? Et ça, c'est pour tout le monde.
Il y a aussi, dans notre sous-conscient collectif, que nous, occidentaux de la société STIC (Science, Technique, Industrie, Commerce) nous nous savons coupables, certes, mais on ne veut pas être les seuls coupables. Perdus pour perdus, on veut que tout le monde s'y mette, que tout le monde se développe, et donc que tout le monde soit coupable – pas seulement nous ! (Et ainsi sans doute espérons-nous nous déculpabiliser.)
Pourtant, c'est con, mais la preuve est faite avec la Chine, l'Inde, le Brésil, que l'accélération de la catastrophe écologique dans ces 20 dernières années est clairement liée à l'émergence de ces pays (qui d'ailleurs travaillent pour nous). Alors oui, il faut que le Nord (nous), arrête de se développer, se mette à stagner activement, mais devrait-on laisser "les autres" prendre le relais de notre connerie productiviste-consommatrice ? Pour la justice…? Pour nous déculpabiliser…?
Mais ce n'est pas une question de justice, de droit, de morale (ni de l'humour noir), c'est une question de survie de l'espèce – qui n'en a rien à faire du droit, de la justice et de la morale (et qui n'a pas d'humour).
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Ou bien tous les pays ci-devant sous-développés parviendront au niveau des pays occidentaux et on va à la catastrophe écologique généralisée à vitesse grand V, avec extinction des espaces et des espèces – dont la nôtre… ou bien on fera tout pour les en empêcher, les autres, et on aura droit à des réactions violentes de leur part. En bref, ils voudront nous bouffer. Il faudra les tuer (on s'y emploie déjà, de différentes manières).
Entre catastrophe écologique et désastre géopolitique (= guerres, massacres, millions de réfugiés, épidémies…), pourra-t-on choisir ?
Vraisemblablement, on aura les deux.
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Droit d'ingestion.
On a apporté en Afrique les antibiotiques et les vaccins (et Jésus et Mahomet). Mais pas la pilule ou la capote. Conséquences : surpopulation et sida. Du coup, il faut leur expédier de la bouffe, encore plus de vaccins, d'antibiotiques et de médocs, des capotes (mais c'est un peu tard) et remettre dans les bateaux (voire rejeter à la mer) tous ceux qui cherchent à débarquer dans "l'eldorado (de la méduse) européen", où, comme chacun sait, personne ne manque de quoi que ce soit.
On peut aussi leur vendre des armes.
Par contre, cela débouche sur l'actualité brûlante du "droit d'ingérence écologique" : la forêt amazonienne appartient-elle à Bolsonaro (au Brésil) ou à l'humanité entière (à la biosphère entière, même…) ?
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 Paru dans Psikopat et dans "La fin du monde ne passera pas" (Caza-eBook)

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