jeudi 31 octobre 2019

La nuit des citrouilles venues de l'espace


« Halloween, ça sent la citrouille, Noël ça sent le sapin. » 
Proverbe Vermot.
« C'était des larves mais larve veut dire masque et aussi fantôme. »
 (Julio Cortazar. Axolotl.)

J'entends sonner les cloques de la chapelle scientologue voisine… pas mal de coups… Minuit, déjà ? Non, onze heures, par là… On vient de passer à l'heure d'hiver, non ?
Et puis j'entends sonner à la porte. C'est Halloween et on va avoir droit au défilé de gamins domestiques déguisés en monstres domestiques divers pour mendier des fraises tagada.
Avant d'ouvrir la porte et d'affronter cette nuit de 1er novembre, je relève le col de mon pyjama et j'en profite pour me tâter les oreilles. Faut toujours vérifier. Elles sont là, merci. À part ça, j'ai des bottes Melon™ aux pieds en prévision de la pluie, c'est la saison, et un chapeau Decuir™.
Personne à la porte. Je descends les marches du perron. Mes genoux accusent l'un comme l'autre 666 ans et peinent. Quand j'atteins l'allée du jardin encadrée de polydromes, je n'y trouve qu'un objet rondouillard pesant et flasque comme de la gelée de coing. Mais ce n'est qu'une citrouille ou une sorte de-, même pas taillée en lanterne hallucinogène selon la tradition. Si c'est une blague, ils n'auraient pas dû la faire cuire : la chose flasque évoquerait plutôt un alien type blobel en liberté conditionnelle ou un fatberg, un rejet des égouts capricieux. L'odeur, d'ailleurs, est excrémentielle. J'hésite à y toucher. Je pointe le bout de ma botte en caoutchouc et… Saperlipopette ! la chose l'enveloppe, l'attire, l'aspire avec un "Gurgle !" de plaisir goulu-glouton. Je tire mon pied en panique et me retrouve en chaussette, tandis que la pseudo-citrouille (venue d'un autre monde ?) absorbe le latex et rejette le fer du talon avec un "Splurt" joyeux mais dégoûtant.
Puis elle s'ouvre. Comme un… excusez-moi, je ne saurai pas le dire autrement… comme un vagin.
Sa chair intérieure m'apparaît, plutôt confiture de cerise que pâte de coing, elle. J'en suis tout tarabusté. Je sais que mes vaccins ne sont pas à jour et je me demande quelle nouvelle surprise vont me révéler les gargouillis lourds de menaces qui s'en échappent. Pas un bébé, j'espère.
Si !
C'est comme ces gâteaux géant d'anniversaire, d'où est censée sortir une pin-up, mais là, non / au contraire / hélas / par malheur… horreur ! c'est un bébé tout neuf, tout rose, aussi lisse qu'un linoléum. S'il y a quelque chose que je ne supporte pas, c'est bien les bébés, surtout devant ma porte par une nuit humide de Toussaint. Et s'il n'y en avait qu'un ! C'est une flopée, une cascade de bébés instantanés qui coulent à jet continu de cette panse aussi obstétrique qu'obscène. Cette contrefaçon de citrouille est une explosion démographique à elle toute seule. Elle décharge des bébés tout cuits comme un échinoderme Paracentrotus lividus (oursin violet) prolifère ses œufs dans l'eau de mer avec un sens avéré du gaspillage démographique.
Des millions de bébés !
La peur verte me fait dresser les cheveux sous mon chapeau, ça enfle jusqu'à un bon 42°. Brûlant de fièvre pédophobe, je fuis. Je fais demi-tour, je remonte l'allée gravillonnée, je fonce chez moi pour aller me faire cuire un œuf – mon en-cas de minuit –, ou chercher… je ne sais pas… du gros sel, des couches-culottes, une fourchette, un extincteur… Je grimpe le perron, mais il y a un signe tagué sur la porte – il n'y était pas tout à l'heure, quand je suis sorti… Ou bien ? Le genre de signe qui vous dit : « Si vous lisez ce signe sur une porte, n'entrez pas ! » J'entre quand même, parce que je suis comme ça, moi (Aventurier de l'Espace je fus, Aventurier de l'Espace je reste – à mes heures). L'intérieur est obscur et des centaines de chauves-souris factices volettent dans l'entrée à grand renfort de radar ultrasonique. Un cliquetis d'ossements trouble le silence. L'air est chargé d'une odeur de marée et de vibrations sinistres. Une momie au visage sac d'os m'accueille en claquant gaiement des dents.
— Bienvenue dans la joyeuse crypte de Pipistrella, la sorcelière rouge !
Je faillis frémir, mais en fait j'en ai déjà un peu marre. Recouvrant mon sang froid, j'allume la lumière en grand, tout en lançant à la cotonnade :
— Sors de là, Lola, je sais que c'est toi qui… (Et sans réponse je continue :) Où sont mes dents… mes gants de jardinage, il y a une chaloperie de chitrouille dans… (Il est un fait que, dans l'émotion, je suis sujet à des lapsus linguae.)
•••
Lola ne répond pas. Assise dans son fauteuil préféré au fond du salon, Lola tricote pour les pauvres, bien décidée à ne pas participer à la fête, à ne pas se laisser prendre par la mascarade annuelle d'Halloween… À ne pas entendre les cris, hoquets et jambes en flanelle de Rufus Tucru qui se débat dans l'antichambre avec ses chauves-souris et leurs radars, ses bottes dépareillées, ses simili-citrouilles molles. Elle capte bien qu'il a fait dans son froc et ce n'est pas digne de lui ni d'elle. Elle ne l'a pas épousé pour ça. Elle avait épousé l'Aventurier de l'Espace, celui qui parcourait la g'laxie de planète en planète, combattant les Pédoncules aux yeux monstrueux, plongeant dans les trous noirs… (D'un autre côté, il lui était arrivé de rapporter du cosmos un plein topperware de cette fameuse matière noire de l'espace et dès qu'elle l'eut ouvert, elle l'avait déversée dans les chiottes : c'était du caca – rien d'autre. Après cette digression digne de Gilles de la Tourette, Lola se met un disque de Mozart. Ça soigne tout.)
•••
Je constate alors que c'est elle qui porte mes gants de jardinage. Comment peut-elle tricoter avec ça ?! Hasard funeste ? Déviation orthographique ? Je ne crois pas si bien dire. L'ouverture de Don Giovanni me frappe en pleine face. Je recule, abasourdi. La porte est encore ouverte, je me retrouve en bas des marches, assis sur mon cul dans l'allée. De part et d'autre du gravier, c'est le pandémonium. Les bébés-citrouilles ont grandi (si vite ?!), il font tous entre huit et douze ans, et sont déguisés en l'honneur de la Toussaint selon cette absurde tradition américaine qui fait de la fête des morts une quête effrénée de confiseries chimiques. Mais voilà, cette année, les quémandeurs de Halloween, c'est eux : les enfants de la créature cucurbitacée venue d'ailleurs.
Ils s'avancent, innocents, vénéneux, les mains pleines de crapauds, les yeux pleins de bouillon, les vers tirés du nez et le sourire en dents de scie, le cœur à cœur ouvert, un pied dans la tombe, l'autre à côté de leurs pompes funèbres. Ils sont tous affublés de clichés creepies : squelettes, momies, zombies, sorcelières et reines de pique, chat de fromage anglais au sourire niais, viandes froides, filles-fleurs cannibales, possédés, surdoués, blonds platinés de la pire espèce, petit homme vert en provenance directe de Mars la rouge… J'en vois qui portent comme des offrandes des courges à oreilles de lapin, ou à cornes de bouc. Je vois un Einstein miniature tirant la langue, un Arlequin fou, une créature de Frankenstein, un Dracula, une momie, le bossu incendiaire de Notre Dame… Je vois un enfant tout en noir, au costume de cavalier, une coloquinte sculptée à la place de la tête. Il la saisit à deux mains et la jette à mes pieds comme la momie de Rascar Capac éclate sa boule de cristal. La cucurbite éclate – vapeur verte. De dedans, surgit un chat noir, je le fends en deux d'un coup de laser, il en sort un rat gris anthracite qui me fixe de ses petits yeux rouge cruor avant que je l'abatte à son tour. Dedans, c'est une masse de cafards. Dans les cafards, des virus H5N1 – sûrement. Je repère un gosse au teint cireux. Sur son crâne trop rond, trop lisse, une mèche de cheveux unique, tressée, dressée comme une mèche de bougie. Allumée. C'est pratique, planté sur place, il éclaire tout un coin du parc. Entre les mains, il tient un grimoire aux feuillets de parchemin blême. Il lit, dirait-on. Les mouches et autres insectes viennent se griller à sa flamme et s'écrasent entre les pages. Super camouflage. Il y en a, quand même, je me demande si ce sont bien des enfants travestis ou… autre chose. Ce walking dead, là, on voit à travers… Ce n'est pas qu'il soit transparent, c'est qu'on voit entre ses côtes, comme si son fantôme hantait encore son propre corps tout mouru. Et celui-là qui semble tout juste extrait d'une fosse marécageuse, entouré d'un troupeau gargouillant de grenouilles, œufs d'oiseaux, champignons déjà mangés, déjà vomis. Odeur de pourriture moisie – ou vice-versa. De quelles racines de jusquiame ou de belladone s'est-il nourri pour être si gluant, si verdâtre ? Et encore un chirurgien ganté masqué, un Belzébuth avec ses mouches, une bête du lagon noir, tout en écailles… La mante religieuse taille 10 ans me fait douter aussi, tant parfaite elle est… Où est-ce qu'on loue ce genre de postiche ? Comment un enfant sain peut-il se glisser dedans ? Au pied d'un cyprès, un puits s'est ouvert, dégueulant un grouillement de spaghettis trop cuits. Une procession de souris pastafaries l'entourent, piaillant des psaumes apocryphes  pâteux. Des zombies indignés défilent en clamant « Laissez les morts vivre ! ». Je compte sept nains de jardin… mais ça, je les reconnais, c'est les miens. Lola m'en offre un à chaque anniversaire de notre rencontre, il y a six ans… (Six ans… donc, il y en a un en trop ? Un simulacre dickien ? Comment le reconnaître ?) Il y a même un mini King Kong, qui ne suggère son gigantisme que grâce à la minuscule poupée de Fay Wray qu'il tient dans sa main velue – en fait une figurine de Schtroumpfette de cinq ou six cm, mais qui crie comme une vraie scream queen de série B.
Plus loin, aux branches des saules en pleurs pendent andouilles, andouillettes, jeunes mariées en robes d'organdi, saumons fumés. Des gorgonzolas planent dans l'air au dessus de la rue où se succèdent les corbillards-carrosses-citrouilles roulant à tombeau ouvert, sirènes hurlant des chansons de corps-de-garde. Visions fatales. J'arrive au stade de la lividité taciturne pour ne pas dire cadavérique. Mes yeux fondent en contrées inconnues.
•••
C'est comme ça, Halloween, c'est la parousie-partouze d'après l'apocalypse, mais provisoire, avant que tout retombe dans le macabre monde souterrain. Je ne savais pas que ma plouse pouvait porter tant d'enfants, nouveau-nés et morts-vivants à la fois. Toutes ces âmes perdues, ces spectres d'outre-tombe, ces…
… Mais qu'est-ce que je raconte, moi ?! Ce sont des gosses, seulement des gosses qui viennent mendier des bonbons à l'occasion d'Halloween en chantant faux des faux requiem, bande de voyous gourmands qui vont se retrouver obèses et diabétiques à vingt ans et ça sera bien fait pour eux.
Trop de masques grotesques ! Je me précipite sur le plus proche fac-similé, j'enfile trois doigts dans son oreille et je lui arrache son masque. En dessous – c'est terrible ! – il a la même tête que le masque, couturée, pustuleuse, à la grimace torve. J'enfile trois autres doigts du côté de son autre oreille, j'arrache la seconde couche de masque. En dessous – horreur ! – c'est un visage de bébé rose aux cheveux frisés comme des virgules, un air poupin très Renaissance, de grands yeux bleus si purs, tel que je les ai tous vus au sortir de leur citrouille-vagin venue d'un autre monde ! Il me sourit de toutes ses petites dents trop pointues.
Sous mon front, tout est noir.
Une douzaine d'huîtres traversent le jardin à la queue-leu-leu.
•••
Je suis rentré dans la maison, semble-t-il. Je rampe sur le carrelage art-déco du couloir. J'entends la cloque de la chapelle voisine – encore elle ! – sonner le quart avant minuit. J'entends les psaumes des enfants envahisseurs, leurs dies irae, leurs requiem chantés de leurs voix saturées d'aigus et d'aiguilles de cyprès.
Il va bien falloir en finir avec eux. Je pense aux bonbons à la strychnine dont je possède une réserve parfaitement légale depuis des années. (Mais un poison qui a dépassé la date limite de consommation est-il encore mortel ?)
Je ressors, décidé, tout fringant, et je les appelle : 
— Entrez, entrez ! Il y en aura pour tout le monde !
Ils se rassemblent au pied du perron, des sourires avides ravis, des yeux brillants pleins d'air. Tel Jésus multipliant les biscottes, je distribue la chimio préventive du bon monsieur Haribo.
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Je passe sur l'épisode d'agonie, terme qui n'a pas de pluriel – pourtant employé ici dans un sens collectif. Après, c'est pas fini, il va falloir enterrer tout ça. Je vais chercher une pelle. En passant, je hèle Lola :
— Puisque tu passes du Mozart, mets-nous le Requiem, ça m'encouragera. Et rend-moi mes gants de jardinage !
Je bêche avec l'énergie d'un fossoyeur en fin de droits. Une grande fosse. La plouse est foutue, tant pis. Le quart après minuit sonne. Curieux, quand même, que je n'aie pas entendu les douze coups fatidiques, entre les deux quarts… Enfin, ça y est, bon débarras. Y aura plus qu'à reboucher. J'ai eu un petit doute quant au nain de jardin surnuméraire, alors je les ai tous mis… Et puis c'est curieux, le gamin qui faisait l'homme invisible, je ne l'ai jamais retrouvé. Juste un petit tas de bande velpeau. Et celui qui faisait la chandelle…? Il a dû fondre tout entier.
Mais la nuit n'est pas finie. il y a toujours cette citrouille suspecte au coin de l'allée.
Lola m'a rejoint au bord de la fosse.
— Cette créature n'a rien d'humain.
— Bien chûr, ch'est une chitrouille, on n'a que chinquante pour chent d'ADN en commun.
On se regarde, Lola et moi. Je pense à la baignoire d'acide que nous gardons dans la cave (en toute illégalité, celle-ci). Elle pense comme moi. Moi je suis crevé. Je lui rends les gants. Elle s'en occupe.
Après encore, il faut bien se débarrasser aussi de ces cent litres d'acide oxhydrique avec alien citrouilloïde dissout dedans. Et reboucher. La pelle, encore. Va y avoir vraiment du monde, sous la plouse.
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Drôle de planète !…
Je m'appelle Xi-trull, sur la mienne. Je suis un peu déçue. Je m'apprêtais à enfanter quelques millions d'œufs de "citrouille venue d'un autre monde" comme ils disent ici, quand tout ce bazar s'est déclenché, avec toutes ces simagrées folkloriques locales, ces "bébés" atteints de mortitude, ces filles sur la pente fatale, ces ornithorynques garou mangeurs de racines de pissenlits. Tous ces zozos fardés qui frappent aux portes en chantant des éloges funèbres ou des élégies morbides, qui mendient pour obtenir des bonbons empoisonnés.
Et maintenant cette rouquine qui me plonge dans un bain de flouxe molybienne* à bonne température. Trop gentille. Je me contente de faire semblant de me dissoudre comme un honnête extra-terrestre en fin de bobine. Elle me balance dans la fosse avec la flouxe par dessus les petits cadavres silencieux. Mes bébés.
Salut à tous, les enfants, je ne vous apporte pas des bonbons, moi. Mais mes gènes.  Patientez. Bientôt, ce sera l'heure de la grande MUTATION.
Je serai VOUS, vous serez MOI, nous serons UN. Et le monde nous appartiendra.
— Le monde ? Et qu'est ce qu'on en fera ? demandent en chœur tous les ingénus mort-nés bourrés de sucreries.
— Çà ! Je n'en ai pas la moindre idée.
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* Voir "Protoplasme", in "Gastronomie du futur, etc.", anthologie Arkuiris à paraître.

PHILIPPE CAZA / mai 2019


dimanche 6 octobre 2019

Arrêtez les bébés !


Ça s'est passé le temps de ma vie : 1941 : 2,3 milliards. 2019 : 7,5 milliards.
Population mondiale plus que triplée en 77 ans.
Le principal problème du monde, celui dont découlent tous les autres, c'est la surpopulation ("on" ne veut pas le savoir, mais au fond "on" le sait). Le monde est trop plein de monde. En conséquence voici ma proposition. Un nouveau parti politique : Le DECPOP. Son programme : supprimer plein de gens.
Il y en a qui disent : « C'est pas la peine, y a qu'à attendre », MAIS faudrait quand même y mettre un peu plus de bonne volonté. Donner un coup de pouce. Les tsunami, les grippes aviaires, les sida, les guerres dissymétriques, c'est nul.
« Nous on veut pas d'enfants, mais les nôtres feront ce qu'ils voudront. »
— Alors on ne peut plus jouir tranquillement de l'appel de nos hormones, de la voix de la Loi Naturelle qui nous dit "faites des enfants" ?!
— Et bien non, on peut plus. Je dirais même "on n'a plus le droit". Au nom de la qualité de vie et même de la possibilité de vie de nos descendants, au nom de la survie de l'espèce.
— Mais, si on fait plus de bébés, y aura PAS de descendants, y aura plus d'espèce !
— Si, parce que le "ON" qui ne ferait plus de bébés n'est pas, ne sera jamais généralisé à toute la Terre. Il y aurait donc seulement MOINS de descendants – et heureusement pour eux. Nos descendants ne vivront mieux (ou simplement ne vivront) que s'ils sont moins nombreux. Mieux vaut un milliard de Terriens heureux que huit milliards de crève-la-faim.
En fait, quant au droit des pays pauvres à se développer (cf article précédent)… ou au droit de tout un chacun à faire des enfants (couples, célibataires, homo, hétéros, trans… j'en oublie ?)… on peut poser la question comme suit :
— Au nom de la Justice humaine et politique (expression qui, en partie, cache la culpabilité post-coloniale), est-on prêt à sacrifier l'espèce humaine ?
OU :
— Au nom de la survie de l'espèce humaine, est-on prêt à sacrifier la Justice ?
Pour moi, le choix 2 est évident. La justice est une idée, un idéal, une abstraction. L'espèce est une réalité.
La justice est une invention humaine. Si l'espèce disparaît, la justice disparaît avec elle. Si l'espèce persiste, même au prix du sacrifice (temporaire) de la justice, il reste des chances qu'on puisse un jour rebricoler une justice. Sinon, le néant : ni espèce, ni justice.
C'est horrible, ce que je dis ?
Bien sûr, c'est horrible. Mais il faut sans doute maintenant poser les questions comme ça – c'est nouveau dans l'histoire du monde. Situation extrême, nouvelle, unique. Dans des conditions plus locales en temps et espace (je pense à l'époque de la résistance, en France, je pense aux propos de Camus sur le terrorisme…), quand il s'agit de sacrifier ou non un membre d'un groupe au nom de la justice, ou au nom de la survie du groupe entier, le problème se pose différemment : hors de ce groupe, il reste d'autres groupes, et quelque part ou demain, encore de la justice possible, encore de la survie possible.
Là, ici, maintenant, non.
(Et tout ça sans parler GPA ou PMA qui ne me dérangent pas spécialement sur le plan moral ou philosophique mais qui font partie des aberrations natalistes d'un monde surpeuplé…)
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