dimanche 1 décembre 2019

Les walkyries de Lofsöngur


Un petit teaser, rappel de ma nouvelle parue dans "Revenir de l'avenir", éditions Le Grimoire, prix Mille Saisons.

Les walkyries de Lofsöngur
« L'avenir c'est très surfait. » (Rufus Tucru, Œuvres complètes.)
Quand ce vieux type est arrivé, j'étais dans le jardin du gîte, vers les 9 heures du matin, juste avant que la chaleur du jour monte. (Les cigales cymbalisaient déjà, il faisait donc déjà pas loin de 30°). Assis dans un fauteuil de toile face à une table en fer qui devait dater du début du siècle précédent (le XXe), en short et tee-shirt, je prenais mon petit déjeuner sous un micocoulier (arbre typique de la région) : thé Earl Grey, pain complet grillé, beurre et confiture. Et puis un bouquin de SF, un Sheckley qui devait dater des années 60 (celles du XXe siècle, je veux dire, là encore), déjà relu deux ou trois fois.
Je suis archéologue, mais je traversais alors une période de doute : archéologue, un métier sans avenir – par définition. J'étais prêt à y renoncer. Disons que je passais ma crise de la quarantaine en prenant des vacances à la campagne, quelque part en région occitane, et que j'occupais plutôt mon temps à lire de la science-fiction, histoire de rétablir un équilibre passé/avenir.
Le vieux type avait une allure de touriste (américain ? allemand ?) : short mi-long laissant voir ses vieux genoux, tee-shirt avec sérigraphie de groupe heavy metal, sandales en cuir – avec une trace de mauvais goût typiquement touristique : des chaussettes dans ses sandales. Un sac en bandoulière. Il avait quelque chose d'un vieux cinglé, genre hippie attardé, quatre-vingt-dix ans facile, mais rien d'un prophète : sa barbe faisait plutôt hipster urbain égaré dans la cambrousse. Il est sorti du bois de chênes verts et il s'est approché tranquillement. Comme il n'avait apparemment rien de dangereux, je lui ai offert un siège et je lui ai proposé une tasse de thé. Il a accepté, avec un accent indéfinissable.
— Et… vous arrivez d'où, comme ça ? lui ai-je demandé pour faire la conversation.
— Hum… des années 2300 et des poussières. Le temps d'après la grande bistouille, inondation et compagnie, vous savez, l'extinction des espaces… Le futur est arrivé plus tôt que prévu, et on n'y pouvait rien, il nous a mis devant le fait accompli. La force des choses…
La version "vieux cinglé" semblait la bonne, mais comme il n'avait apparemment rien de dangereux, me répétai-je, l'écouter serait une bonne manière de commencer la journée, dans le genre SF en roue libre.
— Et… vous avez laissé votre machine à voyager dans le temps par là, dans les bois…?
— Pas de machine, rétorqua-t-il avec un geste de bras étrangement souple. Je voyage par disruption du continuum spatiotemporel… ou par hyperbole hermétique, si vous préférez. Je suis parti de quelque part maintenant pour aller voir ça : l'avenir. J'ai pas été déçu ! L'avenir, on peut dire que j'en suis revenu, oui !
— Racontez-moi ça.
… Etc.…

La suite dans…



 Illustration de Michel Borderie

Quant à la musique de Hervé de la Haye qui accompagne les Walkyries (sans chevauchée wagnérienne), on la trouve ici :
https://www.youtube.com/playlist?list=PLFDvSEi4W7DtfL0Cn_28Fk8gPnqdzEE3F

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