jeudi 30 janvier 2020

Anthropocène, suite.


De la suite de l'article de François Gemenne, je garde ceci :
« … Et puis, il y a les jeunes générations : lors de la COP 25, en décembre dernier, à Madrid, des adolescents venus des quatre coins du monde ont défilé pour exprimer des messages puissants, mais qui résonnaient un peu à vide face à des gouvernements tenus par les mandats de leurs électeurs. À un moment donné, il faudra bien que ces jeunes entrent dans le débat politique même. »
« … Aujourd’hui, la majorité de la population mondiale veut encore une société productiviste, de court terme, et se moque de la destruction du climat et de la biodiversité. »
(Oui, y compris "les jeunes"… Ça ne veut rien dire, "les jeunes" ou "la jeunesse". La majorité des jeunes veulent bouffer des MacDo, jouer aux jeux vidéo, écouter du rap, tweeter des selfesses…)
« Par ailleurs nous ne sommes pas ­encore conscients de l’empreinte de nos outils numériques. "N’imprimez cet e-mail que si nécessaire", peut-on lire sur nos courriers électroniques, mais l’empreinte carbone d’un e-mail stocké sur un serveur est infiniment plus lourde que celle d’une feuille de papier issu d’une forêt ­gérée durablement.
(Ça, c'est pour nous tous ici… Si on faisait bosser les facteurs ?)
« J’ai découvert notamment que les cinq cent mille tonnes de plastique qui flottent à la surface des océans ne représentent qu’une infime proportion des déchets s’amoncelant en eaux profondes, qu’on ne récupérera jamais. »
(Le "vortex flottant de plastique" n'est que la partie émergée du plasticberg.)
À part ça, il y croit encore, aux COPs numérotées en oubliant que pour ce grand bazar annuel tous ces braves chefs d'États bourrés de bonnes intentions ne viennent pas en vélo des douze coins du monde pour manger des topinambours bio et qu'il pensent surtout à élaborer des plans qui ne les chasseront pas du pouvoir. Parce que, on le sait bien, le gouvernement qui prendrait les mesures réellement indispensables à la survie de l'espèce tomberait dans les 24 heures.
Et il « ose espérer que les Bolsonaro, Trump, Orbán sont les dernières caricatures, les derniers clowns d’un modèle arrivé à son terme. » Mais peut-être qu'un avortement posticipé vaudrait mieux ? Plutôt que d'oser espérer que… Sinon, c'est le fusil à lunette. Décidément, il va falloir que je planche sur l'espoir, ce poison. Je me rappelle avoir déjà écrit un article sur la question sur FB, dans une "petite suite nihileuse", mais ça doit bien remonter à 10 ans.

REPRISE ARTICLE FB du 4 décembre 2009, avec quelques modifs d'actualisation.
Une mascotte pour symboliser le réchauffement climatique ? L'ours blanc, le pingouin ? Mais la fonte des pôles, en gros, on s'en fout ! C'est loin, on n'y va jamais, on bouffe pas d'ours ni de manchot…
La Terre, elle-même ? "Sauver la planète" ? Mais sauver la planète n'a d'intérêt que pour nous, espèce humaine. Je suis très capable de dire, comme Paccalet "L'humanité disparaîtra, bon débarras !", mais au fond une survie de la planète sans humains pour la contempler, y vivre, en profiter… quel intérêt, pour nous humains, à part une sorte d'idéalisme totalement abstrait, le regard de Sirius…? Même quand on imagine "la fin du monde", on imagine toujours qu'il restera quelqu'un, "le dernier homme sur Terre", pour en rendre compte, pour voir, pour raconter… Sinon, à quoi bon ?
Bref, ce qui nous préoccupe vraiment c'est NOUS, l'humanité – et donc la planète en tant que support de notre espèce, – et donc les animaux, les plantes, le climat en tant que nécessaires à notre survie. Le reste est hypocrisie. Ce que nous voulons sauver, c'est l'homme, l'humain, les humains d'aujourd'hui et de demain, nos enfants, petits-enfants………
C'est l'autre face de l'idée d'anthropocène : dans le même temps que l'humanité comprend qu'elle est devenue une puissance géologique, elle comprend qu'une Terre en bon état lui est indispensable.
"Quels enfants laisserons-nous à notre Terre ?" Ou le contraire.
On doit se poser la question comme ça : Qu'est-ce qu'on a, NOUS, à perdre au réchauffement climatique ? Qu'est-ce qu'on a à gagner à l'éviter (ou plutôt à le limiter, parce qu'on ne l'évitera pas). Si pour nous ici présents le danger n'est pas évident, nous savons quand même que d'autres peuples sont d'ores et déjà frappés, et nous savons que nos enfants, nos petits-enfants sont-seront frappés. Et nous voulons pour eux un avenir "le moins pire possible".
S'il faut un symbole, une mascotte du futur à préserver, ce sera donc certainement un enfant, pas un manchot.

Mais un logo ? Je veux dire, plutôt qu'une illustration, un logo au sens graphique, presque abstrait, du terme, comme une marque, ou comme le 350 fléché de 350.org, mais plus parlant. (D'ailleurs, les 350 sont largement dépassés, en 2020 : en 2017, on était à 405). Si ce nombre de ppm ne nous dit pas grand chose, nous commençons cependant à être familiarisés avec les termes "effet de serre", "gaz à effet de serre", "gaz carbonique" ou "dioxyde de carbone" (plus exact mais qui "passe" moins bien…) et CO2.
Bon, on avance. Je suis donc parti de là et de certains chiffres avancés par le GIEC et autres, et si possible en considérant des dates proches. Car le dérèglement climatique, c'est maintenant : quand on nous annonce + 2 à + 6° en 2100, on s'en fout. Quand on nous annonce + 1 m de niveau des océans en 2100, on s'en fout. Même les habitants de l'île de Sein, vouée à être submergée (quel dommage !) ne comprennent pas, ça ne leur dit rien : 2100 c'est, de toute façon, un monde où nous serons tous morts. (D'autant que l'on commence à diffuser de nouveaux chiffres qui nous disent que "ça" va beaucoup plus vite que les précédentes prévisions du GIEC…) Il faut donc parler de 2020 (dans 10 ans !, disais-je alors, dans cet article… mais le futur, c'st maintenant), de 2050, à la rigueur… surtout quand on a des petits-enfants.
D'où un logo maintenant obsolète. (Cf. Article du 31 décembre.)
Vu que, d'après WikiP, la production anthropique annuelle de CO2 atteignait 25 Gt en 2000 et 37,1 Gt en 2018, je devrais remplacer le signe moins par un signe pus…
C'était un beau rêve, oui.




samedi 18 janvier 2020

Anthropocène.


Une interview de François Gémenne, membre du Giec et co-auteur de "Atlas de l'anthropocène" (éd. Presses de Science Po) dans Télérama n°3652 (entre deux pubs en doubles pages pour Citroën et pour Peugeot…)
Extraits. (Entre parenthèses et en italique, mes commentaires.)
"Crise écologique" ?
« Une crise est par essence temporaire : une fois qu’on en est sorti, on peut espérer rétablir l’état des choses. Ce n’est pas le cas aujourd’hui ! La plupart des changements que nous observons sont irréversibles et durables. Une réduction drastique des gaz à effet de serre ne fera pas redescendre le niveau de la mer. »
(C'est un peu comme « fumer te tuera mais arrêter de fumer ne te rendra pas immortel »)
« Nous sommes définitivement sortis de la route, et tout l’enjeu, désormais, consiste à limiter le nombre de tonneaux. Il faudrait aussi cesser de parler de « transition », comme si un mouvement naturel, spontané, nous menait vers un monde plus « vert », où tout le monde serait gagnant. Ce terme est aussi trompeur que celui de « crise » et masque la difficulté et l’ampleur de ce qui nous arrive. »
(Rayer "crise" et "transition", donc, c'est-à-dire rayer "espoir" – ou plus exactement ce que nous mettons, en bons chrétiens ou post-chrétiens, dans ce terme. Ça demanderait développement, je sais…)
Interconnexion.
« Les questions environnementales sont de plus en plus présentes dans les médias, les conversations, les préoccupations des gens, mais elles sont souvent présentées séparément les unes des autres. Or la pollution des sols, l’acidification des océans, la crise de la biodiversité ou celle du climat font partie d’un seul et même ensemble qui nous oblige à repenser notre rapport à la Terre. Les incendies de la forêt amazonienne, par exemple, concernent autant le climat, la biodiversité, les peuples amérindiens que l’agriculture ou le commerce mondial. »
(Ajoutons l’invasion des perturbateurs endocriniens ou des par­ticules fines, l’érosion des sols, les incendies en Australie, suivis de pluies et d'inondations, les canicules, la crise  pardon, la catastrophe – de l'eau potable, la baisse mondiale du QI…)
L’étude du réchauffement climatique à l’école ?
« À Sciences Po Paris, nous avons tenté de le faire avec le sociologue Bruno Latour, autour d’un programme de recherche « politique de la Terre », qui faisait intervenir des géologues et des climatologues. Mais nous nous sommes heurtés à une incompréhension de la part de l’institution. »
(Ce n'est donc pas une question socio-politique ?)
« Des générations de politiciens, aujourd’hui encore, ne connaissent rien au fonctionnement de la Terre et considèrent que ce n’est pas un sujet politique. Nicolas Sarkozy a longtemps confondu changement climatique et couche d’ozone. Quand François Hollande et Laurent Fabius ont ­finalement accepté d’organiser la COP 21 en 2015, ils ont dû prendre des cours sur le réchauffement auprès du climatologue Jean Jouzel car aucun d’eux ne savait ce que c’était… »
(Et si ce n'était que Sarko qui confonde effet de serre et trou dans la couche d'ozone. C'est très répandu dans toutes les couches de la population. Peut-être parce que ça fait image, une image simple, lisible. Interrogez autour de vous.)
Quant à l'ENA…
« Regardez le programme de l’ENA : parmi les dix grands défis du monde de demain auxquels les futurs dirigeants doivent se préparer, on trouve la cybersécurité ou la lutte contre le djihadisme, mais rien sur le climat ! C’est antédiluvien… »
("Antédiluvien", c'est le mot juste. Suivent moult considérations sur les COP numérotées 20+++ et leur fonctionnement purement intergouvernemental (c'est-à-dire entre gouvernements aux préoccupations essentiellement électoralistes tout en étant lobbyés à fond. Mais j'en reste là pour aujourd'hui.)