samedi 18 janvier 2020

Anthropocène.


Une interview de François Gémenne, membre du Giec et co-auteur de "Atlas de l'anthropocène" (éd. Presses de Science Po) dans Télérama n°3652 (entre deux pubs en doubles pages pour Citroën et pour Peugeot…)
Extraits. (Entre parenthèses et en italique, mes commentaires.)
"Crise écologique" ?
« Une crise est par essence temporaire : une fois qu’on en est sorti, on peut espérer rétablir l’état des choses. Ce n’est pas le cas aujourd’hui ! La plupart des changements que nous observons sont irréversibles et durables. Une réduction drastique des gaz à effet de serre ne fera pas redescendre le niveau de la mer. »
(C'est un peu comme « fumer te tuera mais arrêter de fumer ne te rendra pas immortel »)
« Nous sommes définitivement sortis de la route, et tout l’enjeu, désormais, consiste à limiter le nombre de tonneaux. Il faudrait aussi cesser de parler de « transition », comme si un mouvement naturel, spontané, nous menait vers un monde plus « vert », où tout le monde serait gagnant. Ce terme est aussi trompeur que celui de « crise » et masque la difficulté et l’ampleur de ce qui nous arrive. »
(Rayer "crise" et "transition", donc, c'est-à-dire rayer "espoir" – ou plus exactement ce que nous mettons, en bons chrétiens ou post-chrétiens, dans ce terme. Ça demanderait développement, je sais…)
Interconnexion.
« Les questions environnementales sont de plus en plus présentes dans les médias, les conversations, les préoccupations des gens, mais elles sont souvent présentées séparément les unes des autres. Or la pollution des sols, l’acidification des océans, la crise de la biodiversité ou celle du climat font partie d’un seul et même ensemble qui nous oblige à repenser notre rapport à la Terre. Les incendies de la forêt amazonienne, par exemple, concernent autant le climat, la biodiversité, les peuples amérindiens que l’agriculture ou le commerce mondial. »
(Ajoutons l’invasion des perturbateurs endocriniens ou des par­ticules fines, l’érosion des sols, les incendies en Australie, suivis de pluies et d'inondations, les canicules, la crise  pardon, la catastrophe – de l'eau potable, la baisse mondiale du QI…)
L’étude du réchauffement climatique à l’école ?
« À Sciences Po Paris, nous avons tenté de le faire avec le sociologue Bruno Latour, autour d’un programme de recherche « politique de la Terre », qui faisait intervenir des géologues et des climatologues. Mais nous nous sommes heurtés à une incompréhension de la part de l’institution. »
(Ce n'est donc pas une question socio-politique ?)
« Des générations de politiciens, aujourd’hui encore, ne connaissent rien au fonctionnement de la Terre et considèrent que ce n’est pas un sujet politique. Nicolas Sarkozy a longtemps confondu changement climatique et couche d’ozone. Quand François Hollande et Laurent Fabius ont ­finalement accepté d’organiser la COP 21 en 2015, ils ont dû prendre des cours sur le réchauffement auprès du climatologue Jean Jouzel car aucun d’eux ne savait ce que c’était… »
(Et si ce n'était que Sarko qui confonde effet de serre et trou dans la couche d'ozone. C'est très répandu dans toutes les couches de la population. Peut-être parce que ça fait image, une image simple, lisible. Interrogez autour de vous.)
Quant à l'ENA…
« Regardez le programme de l’ENA : parmi les dix grands défis du monde de demain auxquels les futurs dirigeants doivent se préparer, on trouve la cybersécurité ou la lutte contre le djihadisme, mais rien sur le climat ! C’est antédiluvien… »
("Antédiluvien", c'est le mot juste. Suivent moult considérations sur les COP numérotées 20+++ et leur fonctionnement purement intergouvernemental (c'est-à-dire entre gouvernements aux préoccupations essentiellement électoralistes tout en étant lobbyés à fond. Mais j'en reste là pour aujourd'hui.)


Aucun commentaire:

Publier un commentaire