lundi 20 avril 2020

L'ÈRE HUMAINE, ENFIN !


Des nouvelles de mes nouvelles : ci-dessous la première page de ma dernière parution, L'Ère humaine enfin ! dans le collectif Anthropocène mon amour, publié par Le Chien à deux queues dans une édition de qualité !
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La Grande Bistouille, ça a commencé par des jolies chenilles bleu-vert.
La larve de la fausse teigne de la cire (Galleria mellonella) s'est révélée, un peu par hasard au cours d'une étude en labo, apte à assimiler le polyéthylène et le polypropylène. Un cas de sérendipité. Ça aurait pu être une excellente nouvelle : le polyéthylène était l'une des matières plastiques les plus utilisées et les plus persistantes dans l'environnement : vous savez, les fameux sacs des supermarchés qui finissaient en continent flottant sur les océans, dans les estomacs des tortues et des poissons… et finalement dans ceux des humains. D’autres espèces de larves s'avérèrent dotées du même genre de capacités, comme la pyrale indienne, dite teigne des fruits secs, une mite alimentaire parmi d'autres, qui elle aussi dégradait le polyéthylène. Avec ça la larve du coléoptère Ténébrion meunier, dite couramment ver de farine, se régalait du polystyrène expansé.
Mieux, les études montrèrent que la biodégradation était en fait l'œuvre des bactéries présentes dans les appareils digestifs des larves en question. On en identifia ainsi des douzaines capables de décomposer ces plastiques qui se trouvaient dans de nombreux objets du quotidien, emballages plastique, bouteilles de boissons gazeuses… et donc dans autant de déchets. 
Pleins d'espoir, bien décidés à se dépolluer, les humains élevèrent en laboratoire ces vers, ces chenilles, ces larves, ou directement leurs bactéries, en quantité industrielle, et les répandirent sur les îles de plastique de l'océan, sur les décharges, les centres de tri, dans les poubelles domestiques, etc.
Il ne manqua pas d'advenir, vous l'aurez deviné, moult dégâts collatéraux : par exemple, les bactéries gourmandes introduites dans les poubelles ménagères et les containers se mirent à boulotter les poubelles elles-mêmes et les containers eux-mêmes… Et dans la foulée, les cuvettes en plastique roses comme des éléphants ivres et autres seaux de ménage souvent rangés à côté de la poubelle sous l'évier de la cuisine. Et puis, comme les micro-organismes dévoreurs ne se gênaient pas pour se répandre un peu partout et que des plastiques, il y en avait un peu partout, comme n'importe qui pouvait s'en rendre compte en cinq minutes en faisant le tour de son appartement, ils s'attaquèrent par exemple aux tuyaux de plomberie en PVC (chlorure de polyvinyle), ou en PER (polyéthylène réticulé) ou en polybutène (PB). Et puis bien sûr, de fil en aiguille, aux isolants électriques, eux aussi en polyéthylène, PVC et autres polychloroprène. Ajoutez les linos et moquettes, les bouchons en plastique qui avaient remplacé le liège (que de vin perdu !), les matelas en mousse, les bouteilles d'eau minérale, les frigos, les lunettes, les prothèses de hanches, les capotes, les jouets, les chers vinyles, les manches des outils… Tout ça, grignoté, bouffé, décomposé, dégradé, fondu !
Et si encore ça s'était limité au cadre domestique du Terrien moyen… Mais le phénomène s'est répandu partout dans le cadre planétaire de la civilisation industrielle. Toutes les machines comportant des pièces en plastique, c'est-à-dire TOUTES – de l'automobile à la centrale nucléaire, du train à l'avion, même les tapis roulants des centres de recyclage et les nouveaux revêtements routiers en plastiques recyclés, tout cela se décomposa, se biodégrada à vitesse grand V… Les fuites d'eau inondèrent les habitations, les courts circuits dus aux fils dénudés électrocutèrent les imprudents et même les prudents et foutirent le feu un peu partout ; tous les vêtements en textiles synthétiques, même les polaires en recyclé, disparurent, pire que la laine  en proie aux trous de mites ; tous les emballages agro-alimentaires aussi, même celui du steak bio et même les gélules des compléments et médocs ; les chauffages fondirent, comme tous les appareils ménagers, de la TV de base à l'imprimante et au téléphone – fixe ou mobile… et bien sûr les ordinateurs.
Résultat : effondrement de la civilisation industrielle.
… Etc.

La suite dans le collectif "Anthropocène mon amour", chez Le chien à deux queues.
http://lechienadeuxqueues.fr/

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