samedi 5 décembre 2020

En attendant la troisième vague…

Pendant le premier confinement, l’éditeur « Le Chien à deux queues » avait ouvert un blog sur son site pour que ses auteurs y tiennent une sorte de journal de confinement, chacun à sa manière.

Ceci pour accompagner la sortie du recueil de nouvelles (collectif ou anthologie) « Anthropocène, mon amour », 12 nouvelles de avant-pendant-après l’effondrement… vous savez, la grande bistouille en cours.

Pour ma part, participant à ce recueil, je participai aussi au blog en question avec des textes très courts qui ne sont pas vraiment un journal et qui ne touchaient que de très très loin mon vécu de confiné. Un dizaine publiés, et des réserves. Et comme nous sommes dans un deuxième plus ou moins confinement en cours, c’est l’occasion de donner une nouvelle vie à ces déconnages légèrement paranoïdes… et sans doute des suites.

Murmures dans des chambres lointaines

J'ai volé la clé de la prison. On m'a arrêté pour vol. On m'a mis en prison. J'aimais bien mais je n'y suis pas resté  : j'avais la clé. J'ai préféré m'enfermer chez moi.

Je mets de l'ordre. J'avais un tableau qui traînait, une peinture silencieuse. Je l'ai mis dans un cadre et je j'ai accroché au mur. Le cadre est resté accroché, le tableau est tombé. Je l'ai brûlé : un tableau qui ne tient pas au mur ne mérite pas de vivre.

Il y a des gens qui prient face à un mur et y insèrent des messages à leur dieu. Il y a des gens qui passent à travers les murs pour voir ce que font les voisins quand ils sont tout nus. Moi, c'est plutôt pour voir dans les murs : passer la tête dans le mur pour voir les poissons volants, entrer dans le plancher pour frayer avec les baleines, et plus bas, sous la chape de béton, discuter avec les squelettes enracinés.

Pour me changer les idées, de temps en temps, je regarde par le trou de la serrure.

Je vois un œil.

Ou bien je vais à la fenêtre, j'observe le parking. On a oublié un bébé dans la voiture en plein soleil. Il a explosé.

Au bout du parking, j'aperçois la dernière cabine téléphonique avant la fin du monde. Ma voisine obèse Clafounette Devisu s'y confine à grand peine. Depuis qu'on lui avait supprimé son téléphone portable pour cause de micro-ondes néfastes, elle vivait dans la cabine en question. Mais elle n'a pas d'attestation purgatoire sur elle – comment rentrer à la maison ? Les passants lui jettent des pièces (les petites pièces rouges de 1 ou 2 cts).

Une autre fois, je parlerai des chiens (peut-être).

(29 mars 2020)

 

Les dessins proviennent d’époques précédentes, quelques inédits et des publications dans Barricade, Zélium ou Psikopat.

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